Y’avait pas de secours comme y’a maintenant
Mémoire recueillie à
Mes parents, mon père était gardien d’Eaux et Forêts, et alors donc je suis née dans les Hautes-Alpes. Après je suis parti dans en Charentes, à Ste Chevrette sur Boutonne, c’est un petit village en forêt. Et puis de là après je suis venue à Nantes, mon père est décédé alors je suis restée chez mes grands-parents, voilà…
D’accord…
Bah voui…
Et, euh, vous avez des souvenirs, des gens, des événements qui vous ont marqué de votre enfance ou de votre jeunesse ou…?
Bien oui, quand même, comme j’ai voyagé, comme je suis allé en Allemagne, donc j’ai quand même des souvenirs d’enfance de là-bas, je suis née dans les Hautes-Alpes et puis après je suis allée en Allemagne, puis mon père est parti en Charentes, et puis là, on a été en forêt, évidemment, puisqu’il était Gardien des Eaux et Forêts. A l’âge de 8 ans, je suis revenue sur Nantes, et là mon père est décédé et alors après je suis donc restée avec ma mère, chez mes grands-parents et je suis rentrée en Pension.
Vous étiez chez vos grands-parents maternels?
Oui, maternels, oui…. Je n’ai pas connu mes grands-parents paternels. Non je ne les ai pas connus. Et puis voilà, après, je suis donc allée à l’école, j’étais au pensionnat de St-Martin, rue des Réformes. Et puis après, vers l’âge de 15 ans, je suis rentrée comme Apprentie - vendeuse, parce que je ne voulais pas faire autre chose que ça [elle rit], alors je suis rentrée à la Châtelaine, à ce moment là c’était la Châtelaine, rue Crébillon, qui n’existe plus sous ce nom maintenant, maintenant ce sont les Galeries Lafayette. J’étais comme vendeuse. Et puis après, je suis rentrée comme vendeuse aux Galeries Lafayette puis, je me suis mariée et j’ai élevé mes deux enfants….
En quelle année vous êtes-vous mariés?
Ah, alors j’avais 22 ans et je suis née en 19, alors il faut calculer…. En 41, oui, c’est ça. Parce que je me rappelle après, la guerre et tout ça… Et alors, bien, j’habitais Nantes, on a eu les bombardements, alors moi je suis partie avec mes grands-parents en Vendée. Puis après, on est revenu à Nantes quand ça s’est calmé, enfin bon, sous les allemands, encore, évidemment ils n’étaient pas parti, et oui…
Et vous avez eu un livre, une chanson ou un film préféré dans votre jeunesse?
Nnnnon….Pas spécialement...
Vous écoutiez quoi comme musiquequand vous étiez jeune ?
Oh beh comme j’étais en pension dans une école catholique (elle rit), c’était plutôt des chansons de prière, de choses comme ça…oui.
Comment avez-vous connu votre mari?
On s’est connu, j’ai connu sa famille quand j’étais petite, oui et mon mari était le frère d’une cousine à moi, c’est pour ça que je l’ai connu, chez elle. Il était de Teyers, et puis alors, il était coiffeur, on s’est marié puis on est parti habiter Basse-Indre, j’ai habité 18 ans à Basse-Indre, il y a un Salon de Coiffure, là. On est revenu à Nantes aussi, on a tenu un Salon de Coiffure à Nantes aussi, et puis après, il est tombé malade, il est décédé, alors j’ai repris à travailler, oui.
En quelle année il est décédé?
Je ne m’en rappelle plus… J’ai un cahier où je l’ai marqué mais… jme rappelle plus…(Silence).
Vous savez à mon âge, maintenant, les dates… J’avais 48 ans quand il est mort. (1967, ndr). J’avais mes deux enfants, mes deux garçons, alors là j’ai repris à travailler jusqu’à ma retraite. Et maintenant, j’ai 88 ans (elle rit), je suis prêt de la fin, j’approche petit à petit.
Vous avez un événement, une ou des personnes qui vous ont marqué dans le courant de votre vie?
Euh, oui quand même pas mal de personnes hein. Je suis allé en Amérique aussi avec mon fils parce que mon fils, le jeune il était parti pour travailler en Amérique et c’est pour ça que je suis allée là-bas où j’ai passé quand même un an. Oui.
Il faisait quoi comme travail? Aux Etats-Unis, il y est allé pour quel travail?
Il est parti comme coiffeur, il a travaillé après dans une entreprise, oui. Ils manquaient de main d’œuvre beaucoup là-bas alors, ils demandaient des ouvriers de tous métiers, beaucoup sont partis là-bas. On était même réunis dans une cité, comme là, on était tous, français avec français, anglais avec anglais, y avait de toutes les races. Y avait beaucoup d’immigrés d’abord, même de la première guerre, enfin, oui et puis bon ben en revenant à Nantes, et bien j’ai perdu mon mari et je me suis remise à travailler quand même. J’ai perdu mes parents et je suis restée chez mes grands-parents et là, ça m’a beaucoup marqué parce que j’ai vécu avec eux jusqu’à la fin de leur vie, puis il ya eu la guerre. Les bombardements, tout ça, ça, ça marque ça oui! On ne peut pas l’oublier.
Et est-ce que vous avez été engagé de façon plus ou moins militante dans le courant de votre vie?
Non, je ne crois pas…
A votre époque, comment étaient perçus les jeunes?
On était plutôt insouciants, oui, avant la guerre c’était la belle vie à ce moment-là, y a rien à dire, entre les deux guerres. Ce qui nous a assommer c’est quand les allemands sont venus, on avait 20 ans et alors là, y avait pas de distractions, pas de cinéma, rien du tout… Fallait faire attention à ce qu’on disait parce que y en avait entre français, même entre famille y en a qui était pour les allemands et les autres qui était pour la France, enfin…De Gaulle et alors fallait se méfier parce qu’il y avait la déportation encore quand les allemands étaient là, y en avait qui partaient et qui ne revenaient pas, même dans mes relations, de mon âge…
Et la place des personnes âgées, elles étaient avec toute la famille?
Ah oui, je vivais avec ma mère chez mes grands-parents et on resté avec eu jusqu’à leur mort, on a pas assisté au décès, j’avais 20 et quelques années mais j’étais encore là, a la maison jusqu’à 22ans, j’étais avec eux.
D’accord, et donc à l’époque toute la famille était réunie dans le même foyer en fait?!
Heum! pas vraiment mais on habitait la même ville à peu près. Oui à part du côté de ma grand-mère, elle était de Douarnenez, dans la région de la Roche Sur Yon. On avait une petite maison qui était à mes arrières arrières (rire) grand parents, on y allait en vacances.
Et qu’est-ce que vous en pensez de la place qu’on réserve aux personnes âgées, dans notre société à nous?
Bah, remarqué par rapport à quand j’étais jeune, on est quand même mieux considéré, mieux, je n’sais pas moi, mieux soutenu que dans le temps. Moi j’ai vu, vous savez, parce que je suis née dans les Hautes Alpes. J’y suis retournée pour les vacances, et bien j’ai vu des personnes, dont ma marraine, et bien, elle n’était pas considérée, elle était rangée, elle voyait presque plus, et bien elle était dans une petite pièce, pas chauffée, rien du tout. C’était ça, dans les montagnes, les vieux on les mettait au rancard, hein. Tandis que moi à Nantes, enfin dans notre région, on vivait ensemble. (blanc) mais pas partout hein, c’est-à-dire que pour les gens quand on est vieux, on est bon à… et pis y avait pas de maison de retraite à ce moment là, y avait pas de maison pour recevoir les personnes âgées qui se retrouvaient seules, ça n’existait pas.
Et par rapport à maintenant, le rythme de travail et la place de la vie professionnelle dans une famille par exemple? Parce que maintenant on voit des gens qui travaillent avec un temps de travail réduit quand même, et à votre époque, est ce que le temps de travail était central, on va dire?
Bah je n’sais pas. Moi, je travaillais dans un magasin, on avait un contrat renouvelé ou pas, On pouvait du jour au lendemain nous mettre à la porte, hein. Et pi ya eu les grèves, alors, les grèves ça fait mal hein, ha oui.
Et vous avez vécu toutes les réformes, comment on les appelle… les réformes Blum par rapport aux congés payés et tout ça?
Bah, y avait pas de congés payés de notre temps, de ma jeunesse. Après oui. Mais quand j’étais jeune jusqu’ à l’âge de 12 ans, j’ai jamais connu de… mon grand-père, lui, était forgeron, il a été à la retraite, enfin vu l’âge qu’il avait, il ne pouvait plus travailler, et ben il n’avait presque rien comme retraite. Parce qu’on payait pas pour se faire une retraite à ce moment là. Tandis que maintenant on laisse une partie de son salaire, je crois que ça existe toujours. Alors les gens étaient quand même, les vieux étaient malheureux dans beaucoup d’endroit quand même. Maintenant on ne voit pas ça! y’en a peut-être mais enfin. Celui qui a travaillé a quand même sa petite retraite.
Mais justement, comment l’arrivée des congés payés a été vécu, en 36? la sécurité sociale et tout ça?
Oh bah ça n’a pas toujours été rapide, on a fait des grèves pour tout ça. Ha oui, on a fait des grèves.
Et vous étiez plutôt satisfaite de la réponse que vous avez eue par le gouvernement?
Comment?
Et vous étiez plutôt satisfaite de la réponse que vous avez eue par le gouvernement? Au niveau des réformes mises en place? C’était le gouvernement Blum?
Bah oui!
Vous étiez satisfaite?
Bah on aurait bien voulu les voir chez eux hein!
[Rires]
Moi je n’ai jamais eu de problème avec eux. Quand on tient à sa tête. Y’en a qui on eu des problèmes malgré eux, parce qu’ils faisaient partis…c’étaient des communistes. Alors ceux là… bien des familles entières ont disparues. Je connaissais même… Alors ceux qui étaient pour les allemands, après la guerre, quand c’était terminé, on les a tondus. Vous avez entendu parler de ça?!
Les femmes tondues sur la place publique?
Oui.
Celles qui étaient soupçonnées d’avoir fricoté avec les allemands. Celles dont le mari était au front. Et elles étaient toutes seules à se débrouiller, souvent avec des enfants alors y’en a certaines parmi eux, fallait bien vivre quoi. Y’avait pas de retraite, comme maintenant. Y’avait pas de secours comme y’a maintenant.
