« Vive le naturel »

Un témoignage de Micheline Houteer,
né(e) le 1 janvier 1933
Mémoire recueillie à

Je suis une fille des terres. La France était un pays des plus riches. Y’avait tout : du blé, de l’avoine, de l’orge, des petits pois, du lin, des fèves. Y avait tout ça dans la France, et maintenant qu’est-ce qu’on a ? On n'a plus rien. C’est plus les mêmes aliments que maintenant…
Avant on mangeait du bon, on avait de la volaille par nos mères. Nos mères elles élevaient des cochons, un cochon ou deux pour élever sa famille, puis des lapins, des poules, de tout quoi.

Mes parents c’étaient des travailleurs des champs. Il y avait des fabriques de chicorée, des écossettes : on les transformait en poudre pour mettre dans le café. On mangeait tout ça, tout du bon. Des betteraves à sucre, des betteraves à bêtes !

Avant on cultivait tout par nous même, des pommes de terre, des carottes, des poireaux, mes parents ils avaient un jardin, on cultivait tout ! Tout tout tout ! On mettait un petit peu d’engrais et pis c’est tout ! Aujourd’hui qu’est-ce qu’on met ? Que des produits chimiques !
On mange plus rien de bon cœur ! Ce n’est pas vrai ? Vous n’êtes pas de mon avis ?

Avant on allait chercher du bon lait à la ferme, on le faisait bouillir, et maintenant quel lait on a ? On ne sait pas d’où il vient! Avant on avait du lait frais de vache, on le faisait bouillir, avec une crème comme ça ! (environs 5 centimètres).Aujourd’hui, il n’y a plus rien de naturel. Le lait c’est de l’eau ! Quand on voit tout ça, on se mettrait en colère. Ca va peut être revenir mais faudra du temps. Faudra des années avant que ça revienne. Quelle misère ! Quand on y pense, on a nos cheveux qui se dressent !

Je suis née en 1933. J’avais 7 ans quand la guerre a commencé, 12 ans quand elle a fini. Et alors ça bombardait de tous bords et de tous côtés ! On était du côté de Dunkerque, à Loon-plage, entre Dunkerque et Gravelines, alors on allait dormir dans les caves.
Ma mère prenait les draps des couvertures, on dormait sur la paille, puis en haut, on voyait des gros rats qui passaient ! Pire que des lapins !!! Ah ah ah !
C’était horrible à voir… Pendant la guerre, on avait des masques à gaz, fallait mettre ça, j’ai encore toute souvenance de tout ça. On a vécu une drôle d’époque !
Et maintenant c’est pas mieux c’est encore pire ! Si on a pas la guerre on l’aura peut être un jour !

Alors, pendant notre jeunesse, on allait à l’école, on faisait deux kilomètres pour aller à l’école tous les jours, les éclats d’obus tombaient à nos pieds. A la campagne, les maisons sont éloignées les unes des autres.
Et maintenant y a plus que des arbres, y a plus de potagers !
Ce qu’on demande c’est de plus avoir la guerre, c’est tout. C’est la pire des choses !

Après l’école, j’ai été travailler. J’étais bonne. Bonne à tout faire !! J’travaillais pour des riches. Ce n’est pas un pauvre qui va vous payer, c’est un riche, hein !
Et après ça je me suis mariée, j’ai eu 4 enfants, 3 filles et1 garçon ! 7 petites filles et 7 arrières petites filles !
Donc, j’étais bonne à tout faire, j’avais 17 ans .On avait pas le choix du travail à ce moment-là. C’était soit ça ou la culture, le travail des champs. Fallait tracer avant, fallait obéir ! Ce n’est pas comme maintenant, les enfants font tous ce qu’ils veulent !
Et puis on avait du mal à vivre… Nos maris ne gagnaient pas grand chose. Ils travaillaient au chantier de France. A ce moment là, y a eu l’amiante, et mon mari est décédé 4-5 ans après. Il a été mis en pré-retraite et il est décédé à 65 ans. C’est à cause de ça que j’ai fait une congestion cérébrale, tellement j’étais contrariée.

Avant, même quand on était pauvres, on était heureux ! On n’a pas toujours mangé à sa faim mais on était heureux. Maintenant qu’est-ce qu’on entend dès qu’on allume la télé ? C’est que des horreurs ! Avant on avait des beaux films, avec Bourvil tout ça, maintenant qu’est-ce qu’on a ? On regarde la télé, y a que des fusils, des fusils et de la bagarre. Si si, on a connu la guerre ! Ah la la ! C’est plus demandé à revoir… On préfèrerait manger une tartine de pain sec et puis de pas avoir la guerre.

Ah… la vie n’est pas facile hein !Quand on n’est pas marié on n’a pas de soucis. Je me suis mariée j’avais 21 ans et j étais veuve a 54 ans…

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