Une vie engagée dans la résistance: V/Les frayeurs de la résistance

Un témoignage de Marie-Jeanne T.,
Mémoire recueillie à

Vous avez des histoires pénibles…

Un beau jour vint un garçon qui s’est trompé de nom. Oui, j’oubliais de vous dire qu’on leur enlevait leur prénom juif pour leur donner un prénom français.

Un jour on lui a demandé son nom et il a sorti son nom juif. On a eu très peur. On s’est dit que si cétait un mouchard qui venait et qui a entendu ça, on va tous se faire pincer…oulalala!

Et en fait ça s’est bien passé, je crois que de temps en temps je faisais du charme (rires).

J’étais obligée. Mais ce qui était le plus dégoûtant c’est que ceux qui venaient chercher des enfants, ce n’était pas des allemands mais des français qui les vendaient aux allemands.

Alors on n’était pas à un mensonge près pour éviter qu’ils aient de trop gros ennuis.

Je vous parlais du train qu’on prenait, un jour on m’a amené, cinq minutes avant le départ du train un garçon avec le foulard et le béret des louveteaux et on m’a dit « cet enfant on vous le confie » au dernier moment, le train allait partir.

Alors je partais avec eux, j’avais une liste avec leurs noms français, du reste beaucoup de juifs avaient le nom français.

Il y a eu un moment d’émotions, ça arrivait souvent les moments d’émotion…

On est arrivé à le faire monter dans le train avec nous, à changer de souliers avec untel, de pullover avec untel, de foulard avec untel et je lui disais « si on te demande ton nom, tu réponds avec ton nom français ». C’était un garçon de 9-10 ans qui s’appelait Samuel. Il valait mieux ne pas dire Samuel, on l’avait appelé Jacques.

Il y a eu un contrôle et on lui a demandé son nom, le premier nom qui est sorti c’est Samuel et après avoir aperçu une des personnes qui travaillait avec moi, il s’est empressé de rajouter « Samuel Jacques, Jacques parce que Samuel c’est pas un nom bien français ».

Et ça a passé mais n’empêche qu’on a eu des frissons dans le dos!

Cette maison d’enfance dont je vous parlais, où il y a eu des français et des juifs, c’était une école en pleine campagne avec un horaire bien régulier de français, de latin, d’arithmétique, etc.

Et un jour il y a eu l’inspection. Il a fallu que chacun se rappelle de son prénom français qui correspondait à mon cahier d’appel. Ils ont dû voir que je les regardais dans les yeux quand on leur demandait leurs noms et ils ont répondu sans histoire.

Mais on m’a dit « avez-vous la carte de leurs parents comme quoi ils les ont confié? »

Je disais « non ». Je préférais dire non, je disais que c’était des connaissances de mes parents à Lyon qui savent que je suis à la campagne et qui me confient pour 8-10 jours leur enfant.

J’avais un peu le trac pour tout vous dire. Je raconte ça avec calme mais j’ai tremblé plus d’une fois!

Et il ne fallait surtout pas que je paraisse inquiétée!

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