Une vie engagée dans la résistance: VII/Les dangers de la résistance

Un témoignage de Marie-Jeanne T.,
Mémoire recueillie à

Vous réalisez le danger que je courais ? Dans la maison de grand-mère, il y avait toujours 4 ou 5 garçons cachés avec la terreur qu’ils se fassent entendre. Les autres devaient trouver que je mangeais beaucoup de pain alors qu’on avait des tickets.

Il y en a certains qu’on gardait 8 jours, un mois maximum et au bout d’un mois on les envoyait se reposer dans une maison d’enfants qui était une école d’enfants fragiles à Yzieu. C’était un vieux curé qui leur faisait des cours de latin. Là on n’a pas eu trop de problèmes.

On a eu quelquefois des problèmes avec les informations qu’on avait par des gens solides qui venaient nous dire ce soir vous aurez un contrôle. Alors on se débrouillait dans la journée à confier les 2 ou 3 enfants qui étaient dangereux pour nous à des familles que je connaissais bien et ils venaient jouer à la marelle ou au ballon. Ils n’ont jamais eu de problème mais on a eu beaucoup à se battre pour que les enfants ne sortent pas les mots de leur langue. Je leur disais « je préfère que chaque fois que vous avez un ennui, que vous avez envie de dire un gros mot, dites merde, je vous en supplie ! ». (rires) « C’est un mot bien français et ça vous évitera de dire des mots dans votre langue étrangère, ce qui pourrait être très ennuyeux ».

N’empêche qu’on a eu des ennuis…

Dans Lyon il y avait bien une trentaine de personnes qui savait qu’on pouvait me confier des enfants et que je venais les chercher.

Un jour on me dit « ce soir il y a contrôle » alors je vérifie que j’ai bien tous les actes de naissance de chaque enfant avec son nom français, les parents, le père qui part en Allemagne, la mère gagnant sa vie en faisant n’importe quoi n’importe où.

Alors ils sont venus ce soir-là, on a eu peur un grand moment. Ils vérifiaient que l’acte de naissance de l’enfant correspondait bien à ce qu’il savait sur son âge, sa date de naissance et tout ce qui s’ensuit. Ce n’était pas évident. Moi, de temps en temps, je faisais la directrice un peu autoritaire, je disais « monsieur vous ne savez pas qu’un enfant quand on lui pose une question aussi brutale est complètement désorienté et répond n’importe quoi ! ». – « Ah bon ? » (rires)

N’empêche qu’on a eu des moments de gros soucis, par exemple le matin où on a eu une inspection qui s’était extérieurement bien passée, et le soir à 4-5h arrive un qui nous dit qu’ils vont vérifier en comparant ce qui a été dit avec ce qui est écrit avec ce qu’on nous dira ce soir. Aie aie aie, on se sent plutôt mal ! Finalement ils ont commencé par des enfants très sûrs d’eux, un des plus grands qui avait débobiné son âge, sa date de naissance et qu’il était là jusqu’à ce que sa mère ne travaille plus.

On avait un horaire de classe qu’il fallait bien suivre, c’est là que j’ai compris le travail d’un maîtresse d’école qui dans sa classe plusieurs divisions, c’est-à-dire qu’elle a un enfant du 9ème, un enfant de 7ème, un enfant de 5ème, c’était affreux ça !

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