Une vie engagée dans la résistance: Partie I/Une enfance dans la résistance: l’accueil des enfants juifs.
Mémoire recueillie à Lyon
Quand on a commencé à la maison à accueillir des jeunes juifs, on se retrouvait avec les trois filles, j’étais la plus grande.
On est arrivé un soir à la maison, il y avait un bébé qui pleurait.
Nous on y comprenait rien car il n’y avait pas de bébé à la maison! Quand on est rentré il y avait donc un petit garçon, un bébé de quelques mois dont on devait s’occuper.
On a vaguement demandé d’où il venait et on nous répondait: on nous l’a confié. C’était la phrase habituelle: on nous l’a confié. Combien de temps, pourquoi? On n’avait jamais de réponse.
Alors ce petit bébé de 10 mois, il fallait lui donner son bain et le coucher.
Après son bain, on en profitait pour demander comment est fait un garçon, on était que des filles à la maison et puis on nous expliquait la petite cicatrice qu’il y avait: comme pour tous les petits garçons juifs il avait été circoncis.
« Mais sa maman doit s’inquiéter? » demandait-on.
« Certainement mais elle sait qu’une maman française l’a accueilli à la maison », nous répondait notre maman.
Alors se passent quelques jours, le petit poussait, il était très éveillé. Et un beau jour maman nous a dit qu’une jeune femme viendrait dans la journée et qu’on lui laisserait le petit car c’était sa mère.
Nous on était toutes tristes de perdre notre petit frère.
Et la maman est venue récupérer son enfant, heureuse qu’il ait été bien accueilli ici.
Ce n’était pas la première fois qu’on a eu un enfant juif à la maison.
C’était le début d’une grande histoire.



