Une vie engagée dans la résistance: III/Le « trafic d’enfants »

Un témoignage de Marie-Jeanne T.,
Mémoire recueillie à

Une autre fois on partait avec 7 louveteaux, j’étais chef scout, on partait le samedi à midi et on revenait le dimanche soir. Sauf qu’une fois rentrés à la maison, les louveteaux dont j’étais cheftaine, maman m’appelle: « il y a un autre petit garçon qui est à la maison, il faudra l’habiller, avec le foulard et le béret, comme un louveteau. Il faudrait l’emmener avec vous. » – » qu’est-ce qu’on dira quand on arrivera? » -« que nous l’avons à Lyon depuis quelques jours et que si nous le gardons à la campagne ce serait mieux. »

Alors nous sommes partis avec les enfants, on m’a proposé de garder le petit. C’était des gens en qui j’avais toute confiance et qui savaient très bien qu’on faisait un « trafic d’enfants ».

Quand on parle de trafic d’enfants à l’heure actuelle… (rires).

Nous le trafic d’enfants c’était essayer de les sauver, au contraire!

Il n’y avait pas grand monde qui y habitait à la campagne l’hiver, on s’est installé là où on savait que les enfants allaient être bien soignés, bien nourris et le lendemain ou surlendemain, une famille juive venait récupérer un enfant juif.

On avait quelques fois rudement peur.

Tout à l’heure je vous parlais des samedis où je partais avec les louveteaux en week-end.

Nous partions chez des amis près de Tournon-la-Louvay. Il fallait partir avec les enfants en train. Mais dans ce train-là il y avait souvent des contrôles. Moi c’était des louveteaux que j’emmenais, tous le savaient. Un jour il y a eu un contrôle quand je ramenais le petit garçon que ma mère m’avait confié.

Je n’avais aucun papier, je me suis dit que c’était la dégringolade, que ça allait être l’engueulade. « Dis que tu as oublié les papiers, il n’y a que ça à faire! » Alors ce petit garçon, j’ai dit que c’était un louveteau qu’on emmenait rejoindre toute une bande de garçons en camp. Le contrôleur n’a pas demandé ni papier ni rien. Ouf! Je suis monté dans le train avec lui jusqu’à Tournon, puis on a pris le car. Alors très souvent pour qu’on ne me dise pas grand-chose je lui mettais le béret et le foulard pour qu’il passe vraiment pour un louveteau.

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