Une vie sur une péniche
Le métier de marinier est une passion. C’est aussi un héritage. C’est dans le corps. On en parle avec le cœur.
Moi, je suis née dans une péniche. J’ai toujours vécu dans une péniche. Quand la guerre s’est déclarée, j’avais neuf ans. La différence avec les autres jeunes gens, c’est que moi, je voyageais partout avec la péniche, mais je n’ai jamais été en Allemagne. Les habitants de Dunkerque par exemple ne voyaient pas ce qu’il se passait ailleurs que chez eux, contrairement à moi. Il n’y avait pas de journal, pas de radio. A l’époque, les allemands ramassaient tous les postes de radio, à Calais et Dunkerque.
Il y a beaucoup d’accident sur une péniche. Comme des hommes qui se sont coupés les jambes avec les câbles pour voyager et pour amarrer la péniche. Si on ne manœuvrait pas correctement, on pouvait se prendre ces fils de fer et avoir une jambe coupée ou autres…Moi-même, j’ai deux doigts de coupés. C’est tout bête pourtant, une péniche était rentrée dans l’écluse et le câble qui était tiré n’est pas passé dans le bon sens. J’ai voulu le remettre dans le bon sens mais je m’y suis mal prise, mes doigts sont passés autour d’une sorte de champignon et ont été coupés. Ça coupe comme un couteau, ça va tellement vite qu’on ne le sent pas. Ça n’a pas guérit comme cela, ça a duré pendant un an. J’avais mon fils qui avait trois quatre mois, il fallait faire la lessive et s’en occuper. Il fallait conduire la péniche et savoir se retrousser les manches.
Les mariniers, c’est une grande famille. Il y avait parfois des disputes comme tout le monde mais ça arrivait très rarement. J’ai même sauvé des gens. A Calais, j’ai sauvé la vie d’une petite fille qui allait tomber entre la péniche et le quai. J’ai sauté sur une corde qui pendait et j’ai réussi à l’attraper comme cela. C’était une petite fille qui s’appelait Liliane. J’ai aussi, du coté de Saint Quentin, aidé une femme qui était à vélo avec son petit garçon dans ses bras. Elle est tombée et son petit garçon a roulé car c’était sur une pente et il allait tomber à l’eau. Mais j’ai eu le temps de me pencher à plein ventre sur l’herbe et de le rattraper.


