Une vie dans le Béarn

Un témoignage de Simone Rancèze,
né(e) le 2 août 1914
Mémoire recueillie à


Je suis rentrée à l'école St Maur à 5 ans et sortie à 17 ans. Quand je suis rentrée à 5 ans, peut être pas tout à fait, je ne savais pas lire. J'ai appris petit à petit sur un grand tableau avec les lettres. En seconde, première et terminale j'étais pensionnaire. Je suis sortie, j'ai passé le brevet, le brevet élémentaire à l'époque. Après il commençait à y avoir un peu les bachelières. Il y en avait 2 ou 3 à l'époque. Il y en avait très très peu. Il y avait une classe pour celles qui passaient le bac, elles étaient 4 ou 5. Ce n’était pas la mode, ça démarrait. Je pense que peu à peu, à ce moment-là il y a eu des administrations où il fallait le bac, pas le brevet. Voyez-vous, j'ai connu un peu cette période.


Moi je me suis arrêtée au brevet. Après j'ai vendu du pain parce que mes parents étaient boulangers, évidemment j'étais au magasin. Envie ou pas il fallait y être. Après je me suis arrangée, comme j'étais un peu grande, j'allais m'occuper du patronage. C'était ça, autrement il fallait être au magasin, recevoir les clients aimablement. Si je ne parlais pas trop mon père rouspétait. Je n'avais pas tellement l'habitude de parler, à l'époque je ne savais pas. Je sais que mon père me le reprochait oui.


« Et qu'est ce qu'il faut que je leur dise » lui répondais-je.


Et vous aimiez le contact avec le client ?


Non. Je vais pas vous dire oui ou non, je n'en sais rien, j'étais obligée alors je le faisais. Je n'avais pas le choix. Je ne crois pas. Je crois même que j'ai eu dit :


« Si je veux je vais en prendre un autre, mais pas un boulanger ». Je ne me suis pas mariée avec un boulanger. Je n'en ai pas eu l'occasion. A moins que... on les ait empêchés de se manifester. Je me suis mariée à 30 ans. C'est-à-dire qu'il y a eu la période de la Guerre. Mon futur mari était prisonnier à cette époque-là. C'est pour ça que je n'ai pas pu trouver de mari : il fallait se marier avant... parce qu'il y en avait pas mal qui étaient en Allemagne ou en Autriche, mon mari était en Autriche, lui. C'était la Guerre. C'est comme ça.


Mon mari était grossiste en épicerie pour fournir tous les épiciers. Alors moi j'aidais à préparer et je faisais les bordereaux de livraison et après, la comptabilité des factures, ce qui était rendu, ce qui était payé, ce qui ne l'était pas...la comptabilité. Je préférais ce travail : je le faisais quand je voulais, j'étais seule pour le faire. Tandis qu'un client quand il arrive pour demander quelque chose il vient vous déranger. Certains aiment ça mais moi ça ne me charmait pas, absolument pas. Mais enfin j'ai rencontré un épicier alors...Pour moi c'était plus intéressant de faire les factures des clients, tenir la comptabilité tout ça. On le faisait quand on voulait. Si un client venait et demandait quelque chose on le lui donnait évidemment mais si vous voulez ils ne venaient pas systématiquement, on prenait les commandes chez eux et on chose. Mais enfin le soir je disais à mon mari « Si j'avais su, ben j'en aurais pris un autre hein ». Ca le faisait rire mais il ne posait pas de questions. Dans son genre il aimait taquiner, il aimait rire. On riait. On ne s'est jamais disputé.


Il est mort j'avais 60 ans, lui un peu plus... Alors là je suis revenue à Pau. On avait le métier à Navarrenx, la clientèle aux alentours que je connaissais. A Tardets par exemple...on se promenait dans les Pyrénées. Enfin moi je n'y allais pas, je leur faisais les factures. Ca faisait du mouvement....mon mari lui, il visitait. Et après, moi, j'étais à la maison pour préparer, avec les employés. Nous avions 2 commis. Je n’aurais pas pu préparer toute seule, dites, donner 50 ou 60 kg de sucre... Il fallait les soulever! On avait des ouvriers, des amis. D'ailleurs l'un avait été à l'école avec mon mari. On était dans le village...on se retrouve. Et alors sa femme est venue comme femme de ménage. C'était une amie autant qu'une employée...Ca fait une bonne ambiance. Et les enfants aimaient aller chez eux, je me rappelle...ils mangeaient très bien chez eux. On avait la même chose chez nous, mais non...c'était meilleur chez Mayta...elle s'appelait Marie et ils l'avaient baptisée Mayta. Eh oui le temps a passé comme ça. On s'est suivi. Après, quand mon mari est mort je suis revenue à Pau évidemment mais on se revoyait. J'étais de Pau, je suis revenue chez moi. J'y suis née, mon père y est né, mes tantes y sont nées. J'avais toute la famille qui était là. Ma mère non, ma mère était de la campagne de Ousse, c'est à 8km d'ici. J'y suis même allée à pied. C'est très agréable.



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