Une vie bien singulière

Un témoignage de Paul Bourry,
né(e) le 17 octobre 1917
Mémoire recueillie à



Je suis né le 10 Octobre 1917 à Etoile sur Rhône dans une maison à la campagne. A mes deux ans j’ai perdu maman. Mon père c’était un soulard, il était paysan alors il m’envoyait à l’école très rarement parce que je travaillais avec lui. A mes douze ans, il m’a envoyé chez un autre paysan travailler. Moi je travaillais et lui il venait chercher l’argent et il se soulait la gueule avec. Je regrette tellement ma mère elle, elle m’aurait emmené à l’école. J’avais cinq frère et ils sont partis tous d’un côté à l’autre c’était moi le plus jeune.


Un jour que je jouais aux boules avec des amis, un bonhomme m’a demandé où je travaillais. Je lui ai dit que j’étais chez un paysan pas très loin et il m’a dit : « Tu ne veux pas apprendre le métier de forgeron ? » Je n’ai pas du tout hésité, alors le soir quand je suis rentré chez mon patron, je lui ai dit : maintenant je pars, je vais apprendre le métier de forgeron ! J’ai donc fait forgeron pendant trois ans, ça me plaisait beaucoup, et après il m’a dit « Je ne peux plus te payer, tu es ouvrier maintenant, je dois réembaucher un apprenti ». Alors j’ai tourné d’un côté et de l’autre pour trouver le même travail mais en vain.


A cette époque, mon frère travaillait à la tannerie juste à côté de la maison de retraite Marie France Préault, alors il m’a présenté au patron. Celui-ci m’a demandé quel âge j’avais. Mes 18ans l’inquiétaient un peu du fait que j’allais devoir partir au régiment, mais, quand je lui ai expliqué tout ce que je savais faire, il m’a vite embauché. Je faisais l’entretien de l’usine et j’y suis resté 23 ans. C'est-à-dire, entre temps je suis parti au régiment, mais, quand je suis revenu, il m’a repris. Ce qui était bien c’est que je faisais tout, j’étais en quelque sorte mon propre maître. Après, l’usine a été démolie parce que l’autoroute à pris sa place. Du coup, j’ai été embauché chez les Ponts derrière le parc Jouvet dans une entreprise de mécanique et j’ai fini ma carrière là-bas. J’y suis resté jusqu'à ma retraite. Là- bas, je faisais de la soudure.


J’ai été marié, et j’ai eu un enfant, une fille qui m’as elle-même fait deux jolis petits fils. Malheureusement ma femme a pris un cancer. On l’a opérée du cœur, je l’es mené quatre fois à Lyon c’était les coronaires. Ca serait maintenant, la médecine la sauverait. Je me suis donc retrouvé tout seul. Moi j’ai été opéré on m’a enlevé l’estomac, j’ai donc une chose qui remplace mon estomac mais je ne peux pas manger n’importe quoi. Pas de vinaigre …


Je jouais à la pétanque, j’adorais. J’y ai joué 11 ans en équipe. On est allé jusqu'à Mégève, à Bordeaux tout ça. A Valence on a été trois fois champion de France. Et maintenant c’est fini, avec pleins de bons souvenirs dans la tête.


Oh je m’en suis vu dans ma vie moi ne m’en parlez pas j’ai pleuré bien plus qu’une fois. C’était une belle époque, mais pour certains seulement. Je ne suis pas allez à l’école alors vous comprenez... Heureusement que j’ai une fille, elle est débrouillarde elle vient tout les jours ici, elle habite Valence.


C’est moi qui ai demandé à venir ici. Il y a deux ans que je suis là. La seule chose qui importait c’était d’avoir une chambre du côté du midi. Ce qui est bien ici c’est que je ne suis pas seul, j’ai des amis, alors que chez moi j’étais tout seul toute la journée.




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