Une vie baignée par l’opéra…

Un témoignage de Suzanne Rossi,
né(e) le 25 septembre 1919
Mémoire recueillie à

Je m’appelle Suzanne Rossi; je suis résidente à l’AIMV de Valbenoite.
Je suis née le 25 Septembre 1919 à Saint-Etienne où j’ai passé toute ma vie.
J’ai travaillé à ma sortie de l’école, dans une usine de ruban, où je faisais de la comptabilité et de la gestion des stocks. J’avais une sœur, de deux ans et demi mon aînée, que j’ai perdue. Nous nous entendions bien. J‘ai toujours aimé la musique, je n‘ai jamais joué d‘un instrument, mais j‘ai chanté les chœurs de l‘opéra à 20 ans environ. J’ai chanté à Saint-Etienne, parfois à Lyon, Mâcon, Besançon, Dijon lorsque l‘opéra nécessitait de la masse chorale. J’ai été bercée là-dedans car mon père était musicien. C’est lui qui m’a fait étudier le solfège. Il aimait beaucoup l’opéra, malheureusement il est mort jeune alors que je n’avais que 10 ans, cela a beaucoup marqué ma jeunesse.
J’ai rencontré mon mari grâce à la musique, j’avais 18 ans, et lui 19, il était accordéoniste. Nous nous sommes mariés à Saint-Etienne 2 ans plus tard, et j’ai arrêté de travailler à ce moment là. Mon mari travaillait dans une usine de métallurgie.
J’ai continué à chanter à l’opéra jusqu’à la naissance de ma première fille, lorsque j‘avais 22 ans et j‘ai recommencé lorsque j‘avais 35 ans. J’ai de très bons souvenirs de cette période. Je me souviens lorsque nous étions en coulisses et que nous ne devions pas faire de bruit, la voix de certains chanteurs me donnait envie de me mettre à genoux tellement qu’elle était belle. Grâce à l’opéra, j’ai beaucoup voyagé, surtout en Espagne, en Italie, et en Allemagne, dans des pays qui produisent beaucoup d‘opéra, et qui ont des chanteurs avec des voix extraordinaires.
Je me souviens lors de la seconde guerre mondiale, je vivais près de Jacquard. Il y avait des alertes aux bombardements très régulièrement, nous devions prendre ma fille, qui était encore un petit bébé, et nous cacher. C’était une période très difficile.
J’ai eu 3 filles, qui ont chanté elles aussi les chœurs de l’opéra. Deux de mes filles avaient une belle voix, la troisième un peu moins, mais elle a été prise quand même. Mes 3 filles ont fait de longues études, et travaillent toutes les trois dans l’éducation nationale. J’ai beaucoup de petits enfants, et j’ai même six arrières petits enfants!
Mon mari est décédé à l’âge de 38 ans, d’un cancer de l’estomac, mes filles avaient 8, 12 et 15 ans, et j’ai donc dû me remettre au travail pour subvenir aux besoins de ma famille. Je suis allée voir mon ancien patron, qui ne m’avait pas vu depuis mes 20 ans, je lui ai expliqué ma situation, et il m’a tout de suite donné du travail.
Je pense que l’opéra est ma plus belle réussite, j’ai vraiment de beaux souvenirs de cette période, mais c’est aussi mon plus grand regret, de ne plus chanter…J’essaye malgré tout d’aller à l’opéra de temps en temps, lorsque je vois quelque chose qui me plaît, ou j’en regarde à la télé lorsqu’on en passe.
Cela fait un an que je vis dans cette maison de retraite. Avant j’avais un appartement qui donnait directement sur la grand-rue. J’ai de la peine d’avoir du quitter mon appartement, mais je n’avais pas d’autres solutions. C’est mieux pour mes filles, elles s’inquiètent moins pour moi et elles peuvent voyager tranquilles.

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