Toute une vie à Réalmont

Un témoignage de Pierre Maurel,
né(e) le 22 juillet 1926
Mémoire recueillie à

Mon nom de famille c’est Maurel, mon prénom c’est Pierre, je suis né le 22 juillet 1926 à Réalmont, je suis né ici. Bon, Réalmont ça s’est bien agrandit ; c’était un petit village pauvre, on avait quand même une mine à Peyrebrune à 5 kilomètres d’ici. C’était une mine où il y avait du plomb et de l’argent. Et il y avait deux briqueteries. Il y avait deux écoles à Réalmont, une école laïque et une école libre. On n’avait pas l’eau, on avait un puits dans la cour et les pompes dans Réalmont, dans chaque carrefour de rue il y avait une pompe, alors on allait chercher, on tournait la manivelle et on allait chercher un sceau d’eau. On n’en dépensait pas beaucoup. Des douches, ça n’existait pas, il y en avait à la Mairie, ouverte le samedi et le dimanche matin. On ne se lavait qu’une fois par semaine. On payait encore. C’était des douches tout à fait simples, vous aviez, on aurait dit, une pomme d’arrosoir et puis il y avait une dame qui passait et qui vous disait « Allez hop ! » et on n’était pas en maillot quoi, on était tout nu. Et quand il y avait pas assez de pression elle nous lavait avec une lance comme ça et sur le bord : « Allez, tiens ça te rafraîchit ! ». L’eau dans la maison, ici, on l’a eu qu’à la fin de la guerre. On avait des rails qui passaient de l’autre côté et il allait à Laboutarié. C’est à 5 kilomètres d’ici, à 4, 5 kilomètres. Il n’y avait pas des cars, on prenait le train. Alors pour aller à Albi et revenir, il fallait la journée. Mon grand-père qui est décédé, était cantonnier. Un cantonnier c’était quelqu'un qui entretenait des routes et il avait son secteur, depuis Labastide de Denat jusqu’au pont de Castelviel, ça faisait ça, il le faisait à pied. Il avait un petit chariot et il avait un gros chien et il se faisait transporté par ce chien et le chien le transportait comme ça. Et puis le service de protection des animaux l’a interdit, ils lui ont défendu.
Quand j’étais tout petit, on s’amusait à jouer aux boules entre copains, au ballon. On commençait à la fin, les dernières années comme ça, de faire un peu de sport à l’école tandis qu’au début, on n’en parlait pas de sport. On avait, quand on rentrait le matin de suite à l‘école une leçon de morale, ça c’est-à-dire que, il nous enseignait, il disait : « vous voyez quelqu’un, vous enlevez votre casquette ou votre chapeau ou béret, n’importe, vous le saluez, vous lui dites bonjour, » vous voyez, toutes les formules de politesse.
Quand on a commencé à avoir un poste de radio c’était jolie. Le premier qu’on a eu, on l’a eu en 1936 ou 37. Vous voyez, la radio, je ne parle pas de la télévision, la radio et on était encore des privilégiés.
On était content quand on avait un petit cadeau à noël, (je sais plus moi), une petite grue, ou un Mécano.
Quand j’étais à Mousquette, on n’avait pas l’électricité à la maison, on faisait qu’avec la lampe à pétrole.
Avec ma grand-mère, je couchais dans une alcôve et comme elle élevait des canards et des oies, des trucs comme ça, elle gardait la plume pour avoir des matelas. Il avait la cheminée, de la braise et on mettait ça dans une grande poêle avec un manche long vous savez et on passait ça dans le lit et comme ça le lit était chaud et : « Allez !», elle me disait : « Viens de suite ! Allez hop! ». C’est mieux quand même un sommier ou un matelas que ça. Et mon père en 40 ou en 39 il a été mobilisé, ils avaient commencé en 28 lui ici, à ouvrir le commerce de vélo là et tout ça. Moi, j’étais là pour (re)prendre un peu les choses et puis j’ai continué. Maintenant moi je dis que ceux qui font mon métier, eh bien ils ne savent pas travailler. Parce qu’on changeait la roue, on l’a dévoilait, on avait des pinces exprès, il y avait des choses, tendres les rayons, les lâcher. On remettait une roue. Maintenant si elle est trop voilée, on change la roue. Si vous voyez ce qui se jette, ça me fait mal au ventre, je vous le dis parce que là vraiment il y aurait des choses à récupérer.
Si ma grand-mère vivait (elle n’a jamais vu la télé), elle se demanderait d’où ça sort, qu’est-ce que c’est, elle dirait « C’est le diable qu’il y a là dedans ! ».
C’est venu petit à petit, progressivement, en 39, il y avait peut être dix voitures à Réalmont, même peut être pas.
C’était un métier très pénible d’être facteur à l’époque, il faisait toute les tournées à bicyclette et il montait à Teillet, il montait ici tout le tour, il y en avait qui faisait 20 kilomètres par jour. Maintenant c’est plus facile, qui n’a pas sa voiture ?
Ici ce qui est embêtant pour nous, là où nous sommes placés, c’est la circulation.
Autrement dans la maison, on a suivi l ‘évolution. Le micro-onde, ça va bien pour chauffer le café « allez hop! », c’est vite fait plutôt que de chercher une casserole, de faire chauffer, de relaver la casserole.
L’eau dans la maison, ça, c’était le truc le plus important, pour moi, le plus important ! La machine à laver le linge, ça, ça a rendu de grand service. Ça a été un truc qui a été bien pour moi mais pour la femme ça a été une grosse avancé, il y a eu de gros progrès, c’est bien!

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