Tombe la neige
« Je suis née dans une famille modeste de 9 enfants de Haute-Savoie en 1912. Mes parents travaillaient pour le PLM (SNCF). Je n’ai jamais trop su comment ils se sont rencontrés. A l’époque on ne racontait pas ces choses là aux enfants. Papa était cantonnier. Quand il pleuvait, il invitait ses collègues à l’intérieur pour s’abriter mais du coup, on avait plus de place. Il était aussi tonnelier pour arrondir ses fins de mois. Il avait un grand atelier ou l’on n’était pas sensé se rendre mais on s’amusait quand même à y aller pour se cacher des fois jusqu'à 3 dans un seul tonneau. Aujourd’hui, j’aime rentrer chez les antiquaires pour sentir l’odeur du vieux bois afin de me remémorer cet endroit. Maman était garde-barrière. Et oui, en ce temps là ce n’était pas automatisé. Elle devait passer la majeure partie de ses journées dehors pour cela. Je me souviens d’elle, en hiver, affublée de grosses chaussettes par-dessus ses bas, de gants et d’un gros passe-montagne pour ne pas avoir froid. Pas le temps d’être coquette avec un travail pareil. A la longue, elle arrivait même à tricoter tout en gardant ses gants. Souvent elle nous demandait de l’aide pour ouvrir et fermer les barrières. Cela ne nous dérangeait pas au contraire. J’aimais voir passer les trains de Genève. Ils étaient magnifiques avec leurs petites loupiottes. J’aurais aimé pouvoir monter dedans mais ils étaient réservés pour les riches qui se rendaient en cure. J’adore la neige ; car comme chacun le sait, il y en a souvent dans les Alpes. Je me revois m’allonger dedans pour faire des formes d’anges. On faisait aussi de la luge et des batailles. C’était bien. Le reste de l’année, je m’amusais à cueillir des fleurs sauvages pour me confectionner des petites poupées ou des couronnes. Maman n’aimait pas ça. « Laissez les fleurs vivrent leur vie ! » qu’elle nous disait. Elle, préférait en planter tout autour de la maison. Les soirs d’été, on s’allongeait dans l’herbe pour regarder les étoiles filantes. Le ciel était magnifique car il n’y avait pas de lumière artificielle pour le gâcher.
A 12 ans, bien que j’appréciais l’école mes parents m’ont envoyé apprendre à tisser pour travailler à l’atelier.
On se contentait de peu mais on n’était pas malheureux. Les gens me semblaient plus solidaires qu’aujourd’hui mais c’est peut être parce que tout le monde se connaissait. »

