Retour en Tchécoslovaquie

Un témoignage de ,
Mémoire recueillie à

Odette Morançais est née le 30 Août 1921. Elle fêtera donc ses 90 ans cette année. A notre arrivée Mme Morançais avait préparé son ordinateur et toutes ses photos de voyage. Elle nous confie qu’elle a commencé à utiliser l’ordinateur à 87 ans. Mme Morançais nous annonce qu’elle va nous parler de la Tchécoslovaquie (actuelle République Tchèque) et nous explique qu’une partie de la France dont Angers, était envahie en 1942 par les Allemands. Son mari travaillait alors pour l’usine Bessoneau.


« Le 15 Octobre 1942 mon mari Jean-Pierre a été mobilisé par les Allemands pour être envoyé en Tchécoslovaquie, plus précisément à Liberec à 10 kilomètres de la Pologne. (La Bohême Moravie, dont Liberec était à cette époque occupée par les Allemands.) Ces derniers commençaient à manquer de main d’œuvre dans leurs propres usines. En effet, les hommes étaient quasiment tous sur le front. Mon mari, à cette époque avait 21 ans. On ne lui a pas laissé le choix. Il a été ce qu’on appelle un déporté du travail. Il a été envoyé dans la ville de Liberec avec une trentaine de personnes dont des femmes. C’est ainsi qu’il a fait la connaissance d’un professeur du Mans. Ils ont travaillé ensemble dans l’usine et sont devenus amis.


Mme Morançais nous montre simultanément sur son ordinateur des photos de l’usine où son mari a travaillé. C’est cet ami professeur au Mans qui nous a donné ces photos.


Pendant la guerre, les français ont été bien accueillis par les tchécoslovaques. Mon mari et son ami avaient gardé des relations avec les gens qu’ils avaient connus là-bas et ont ainsi eu l’idée d’y retourner en 1977. C’est ainsi que nous sommes partis tous les trois pendant trois semaines dans ce pays au mois d’août. Nous avons fait tout le trajet en voiture en faisant plusieurs haltes bien sûr. Tout d’abord, nous sommes passés par Paris avant de dormir à Strasbourg pour couper le voyage. Nous avons ensuite traversé toute l’Allemagne pour arriver à Prague où nous avons logé dans un hôtel pendant trois jours. Prague est surnommée « la ville dorée » parce qu’elle possède beaucoup de clochés tous dorés. Cette ville est située à 100 km au sud de Liberec. Nous sommes descendus dans un restaurant. Je me souviens qu’un serveur qui parlait très bien français est venu nous demander si nous voulions bien, une fois la frontière tchécoslovaque franchie envoyer une lettre en Pologne. Bien sûr nous avons accepté. Nous avons caché la lettre et une fois arrivés en Autriche nous l’avons postée. Cela montre bien qu’ils n’étaient pas libres de leurs faits et gestes. A cette époque, la Tchécoslovaquie était sous le régime communiste et envahie par les Russes.


Les deux choses incontournables à visiter à Prague sont sa vieille horloge et le pont Charles. Mme Morançais nous montre alors une photo de l’horloge en question. Elle a deux petites fenêtres. A midi et à des heures fixes de la journée, les douze apôtres sortent par une fenêtre de l’horloge et rentrent par une autre. C’est une grande attraction pour les touristes qui viennent à ces heures précises pour assister au spectacle. Le pont Charles relie le vieux Prague au quartier Màla Strana. Nous sommes allés par la suite chez des amis de mon mari et de son ami. Même si ils ne parlaient pas du tout français nous avons réussi à échanger par gestes une recette de cuisine. Ensuite, nous nous sommes rendus à Liberec où nous avions une amie. Nous l’avons invitée à dîner dans le restaurant où elle travaillait mais elle n’en a pas eu la permission parce que justement elle travaillait dans ce restaurant.


Nous avons fait escale à Brno (seconde plus grande ville de République Tchèque avec 405 mille habitants). Le monsieur chez qui nous avons logé était ingénieur. Sa femme travaillait dans la haute couture. Ils parlaient parfaitement français. J’ai décidé de leur apporter comme cadeau un parfum de chez Chanel. Une fois arrivés au restaurant, cette dame a souhaité que je lui parle des grands magasins parisiens et de la haute couture française alors qu’elle était beaucoup plus experte que moi. Ce qui m’a marquée c’est que, malgré leur situation financière confortable ces gens n’avaient pas de voitures. Lorsque nous nous sommes rendus ensemble au champ des trois empereurs à Austerlitz mon mari a bien senti que son ami tchèque avait envie de conduire notre voiture. Il lui a laissé le volant tout l’après-midi. Je me souviens à quel point il était content de pouvoir conduire.


Mme Morançais nous rappelle que les tchèques étaient envahis par les Russes et qu’ils n’avaient pas de voitures parce que l’essence manquait.
Pour notre troisième et dernière semaine de voyage nous sommes allés dans une ferme. La première chose qui m’a marquée c’est que les femmes ne mangeaient pas avec les hommes. Elles servaient les hommes à table.


Mme Morançais nous montre alors la photo d’une paysanne rencontrée lors de cette dernière semaine vêtue d’habits traditionnels de l’époque.


Je crois qu’on a mangé des escalopes panées pendant toute la durée de notre séjour dans cette ferme. Même lorsque l’on partait en balade l’après-midi les fermières nous donnaient des escalopes pannées pour notre quatre-heures. On en pouvait plus de ces escalopes mais ça montre encore une fois combien ils étaient gentils avec nous. Le soir, nous dormions à cinq dans une chambre. C’était la vie à la campagne.


Après notre semaine à la campagne l’heure du retour a sonné. Au retour, nous sommes passés par l’Autriche où nous avons logé à l’hôtel « du cheval blanc » là, où a été tournée l’opérette du même nom. Nous avons ensuite longé tout le Rhin et nous sommes rentrés chez nous. J’aurais voulu aller en Pologne. On est passé à 10 kilomètres de la Pologne mais du fait de l’occupation Russe nous n’avions pas le droit de passer la frontière.


Mme Morançais insiste sur le fait que les Tchèques ont toujours été charmants à leur égard et que dès qu’ils les entendaient parler français ils cherchaient à communiquer avec eux.
Par ailleurs, elle nous a expliqué que son mari et elle n’avaient pas l’habitude de faire de longs voyages et qu’ils détestaient les voyages organisés.


On a quand même fait un voyage organisé en Espagne mais ça ne nous a pas donné envie de recommencer. Ca ne nous permet pas de vivre la vie du pays. On dort dans des hôtels français, on mange dans des restaurants français…


Ce qui m’a le plus plu pendant ce voyage en Tchécoslovaquie c’est justement d’avoir pu pénétrer dans des milieux différents ainsi que la simplicité des gens.


C’est ainsi que se termine notre entretien.

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