Quelques souvenirs…

Un témoignage de Marcelle Aimée SEUX,
né(e) le 15 janvier 1914
Mémoire recueillie à

Marcelle est née en 1914 à Lorette (Loire 42).
Les jeux d’enfants :
« J’ai passé une enfance dorée grâce à Diane et à mon clos, une enfance heureuse. »
J’ai souvent pensé aux enfants qui sont enfermés dans des appartements et qui s’amusent dans leurs chambres ; alors que moi j’étais au grand air, à courir. J’ai passé une enfance vraiment heureuse. J’habitais un grand clos qui parait-il dans les temps anciens était une mine. Il y avait des crassiers, deux grands trous qui avaient été briqueté.
J’ai eu une sœur ainée et deux petits frères, dont un qui avait 2 ans de moins que moi. C’est avec lui que je m’amusais. On aimait ce clos. Ma mère quand elle nous appelait pour aller au lit, et qu’on sortait du crassier, elle ne voyait que deux yeux qui brillaient. C’était vrai, il faisait chaud, on transpirait ça se collait à notre figure.
Avec les briques, on faisait des maisons et avec les branches, on faisait le toit.
J’ai aussi de très bons souvenirs de jeux avec ma chienne, Diane. Mon père était chasseur et
Diane était son chien de chasse. On s’amusait avec elle comme avec une personne. Elle participait vraiment à nos jeux. On lui disait « Diane, regarde le mur et quand on dira : Diane « cocococo », tu viendras, mais pas avant ! » Elle était devant la maison, on partait vite. Elle ne bougeait pas d’un pouce. Une fois arrivés en haut, on se cachait puis on criait « Diane, cocococo ». Elle ne nous voyait pas, elle restait sans bouger comme quelqu’un qui réfléchit. Mais elle ne mettait pas longtemps à nous trouver. C’est marrant les bêtes quand on les observe. Elles comprennent tout, c’est incroyable.
Les loisirs :
Ce n’est pas comme maintenant, les jeunes sont pas malheureux aujourd’hui.
Je partais en vacances en haute Ardèche, pas loin du mont gerbier de Jonc. Mes grands parents y habitaient, maman y vivait avec ses parents. Quand j’ai eu 13 ans, après mon certificat d’étude maman nous a emmenés. Il n’y avait qu’une ou deux maisons, c’était une vielle maison avec de la chaume sur le toit. La maison d’à coté c’était ses amis qu’elle m’a fait connaitre. Des dames de la campagne, habillées avec des robes pas très belle, même mal habillées. Je n’avais pas trouvé ça joli ! Cela me rappelait ce que maman me disait quand j’étais petite.
La rencontre avec mon mari :
Je travaillais aux papèteries de la soie et quand il venait me chercher j’étais heureuse. Comment je l’ai rencontré ? Vous ne voudrez pas y croire. Je me rendais chez ma cousine qui vivait de l’autre coté de la Saône, pas loin du vieux Lyon. Je traversais un pont près de la place Bellecours. Il y avait cet homme que je ne connaissais pas, un passant comme moi, qui me suivait. Puis il m’a accosté et m’a dit « mademoiselle, ça vous dit qu’on fasse un p’tit bout de chemin ensemble ». Je ne savais pas quoi lui dire et j’ai répondu « Ca ne me gène pas, nous sommes en ville, ça aurait été à la campagne j’aurais dis non car j’aurais peur de vous ! », il a rétorqué « non, il ne faut pas avoir peur de moi ! ».
Puis on a fait un p’tit bout de chemin ensemble dans les rues de Lyon, et avant de se séparer on s’est donné rendez-vous. Je ne suis pas allée au rendez vous ! Je me disais que je ne le connaissais pas, je ne savais pas qui c’était et ça me disait rien d’y aller. Cependant, il se trouve que je lui avais dit que je travaillais aux papèteries de la soie… Et il est venu ! Je l’ai reconnu ! Il m’a dit « je vous ai déjà rencontré ! ». Ca c’est fait comme ça ! J’étais sérieuse comme pas une, je ne l’ai jamais trompé et je lui disais toujours « je ne pourrais pas te tromper, je t’aime trop. » Je ne voyais que lui.

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