« Quand nous sommes arrivés au village ils étaient 600 habitants, au bout de 25 ans ils n’étaient pas loin de 1500 »
Mémoire recueillie à
Madame Vandevoorde nous accueille chez elle, joliment habillée, une photo de famille à la main et nous propose de nous asseoir.
« Regardez, voici ma maman avec sa sœur, ses trois frères et sa cousine. Ici, ma grand-mère, mon grand-père et mon arrière grand-mère. Cette photo a été prise en 1913 en Italie devant une maison en pierre en pleine montagne. Mon grand-père partait l’hiver pour vendre des ustensiles de cuisine en cuivre, comme des casseroles et des pots dans les petits villages. Il revenait ensuite au début du printemps pour travailler dans les champs. »
C’est tout naturellement que Madame Vandevoorde commence à nous parler de son enfance :
« Mes parents habitaient dans le Tyrol italien, c’est les Alpes qui continuent en Europe. Ils sont partis pour la France en juillet 1923 et moi je suis née à Paris le 30 décembre 1923, je vais avoir 88 ans à la fin de l’année. J’ai eu une enfance normale. J’étais très bonne à l’école, je voulais poursuivre mes études pour devenir sage-femme mais la guerre s’est déclarée et les écoles ont fermées, j’avais 16 ans. Mon père m’a alors dit de me trouver un travail, je suis donc rentrée comme vendeuse en charcuterie ; j’ai ensuite continué dans les légumes et la crémerie pendant plus de 13 ans. Ensuite, j’ai tenue la boutique de ma belle-mère, dans l’alimentation générale cela a duré 7 ans. Les horaires étaient dures : ouvert de 7h du matin jusqu'à 22h. Au bout de tant d’années, j’en ai eu assez du commerce, j’ai donc tout arrêté pour travailler au service de contrôle de gestion dans une grosse société de travaux publics, je maniais beaucoup les chiffres. J’y ai travaillé jusqu’à la retraite c’est à dire 20 ans »
Nous nous intéressons ensuite aux voyages de Madame Vandevoorde. Elle se souvient alors d’une anecdote :
« Avec mon mari nous avions une « Vespa » c’est une petite moto italienne. Nous avons fait Paris- Toulon, c’était nos premières vacances, j’avais 28 ans. C’était l’été, nous étions habillé en short et en tee-shirt, sans casquette. Nous sommes partis un jour de mois d’Août, il faisait une chaleur épouvantable, j’avais des cloques en dessous des yeux en arrivant à l’hôtel, mes jambes étaient toutes rouges et mes bras brûlés !
Sinon, je suis partie quelques fois en Italie pour voir ma famille. Je suis allée à Venise, Bolzano et Merano. Ce sont de belles villes de province mais Venise est une ville trop commerciale pour moi. Nous y allions en voiture. Mon mari ne venait pas souvent, il était artisan taxis et conduisait toute l’année dans Paris, ce n’était pas de la tarte ! Alors quand arrivaient les vacances, il aimait partir à la pêche et jouer aux boules à Durban-Corbières, entre Narbonne et Perpignan. »
Madame Vandevoorde se lève de son siège, se dirige vers son armoire et sort une grande pile d’albums photos. Autant de souvenirs que nous sommes curieux de voir. Elle nous montre alors des photos de sa famille ainsi que de ses 25 années de vacances passées à Durban-Corbières. Elle nous explique qu’ils avaient choisi ce lieu car sa soeur et son beau-frère y avait une maison.
« J’ai pu voir l’évolution de ce village : quand nous sommes arrivés ils étaient 600 habitants, au bout de 25 ans ils n’étaient pas loin de 1500. C’était un beau petit « patelin » mais j’aurais bien aimé changer de temps en temps. Quand la retraite est arrivée nous sommes partis vivre 10 ans là-bas. Mon mari ayant des problèmes de santé nous sommes venu au foyer le logement de la Meignanne, pour nous rapprocher de ma famille qui habitait Angers. Il est décédé un an plus tard et je suis restée 17 ans là-bas. Je suis arrivée à Picasso en septembre 2008. »
