PTT : postes, téléphones et télécommunications françaises
J'ai commencé à travailler au PTT vers 16-17ans. Ça a occupé toute ma vie, en dehors de la vie familiale bien sûr. J'y ai travaillé pendant 18 ans, je me suis arrêtée à la naissance de mon troisième enfant. J'ai commencé au guichet téléphone/télégraphe, à l'époque il y avait beaucoup moins d'abonnés que maintenant, et les gens venaient téléphoner à la poste. Si aucune des 2 personnes ( la personne qui appelle, et celle qui reçoit ) n'avaient de téléphones, il fallait envoyer des télégrammes sauf le dimanche les guichets étaient fermés. Je notais les messages des clients et je les transmettaient au télégraphe, les télégrammes se payaient aux mots. On essayai de mettre le moins de mots possibles pour s'expliquer, on parlait du style télégraphique. Le problème c'est qu'on avait pas d'heures le soir pour finir, on sortait quand il y avait plus de clients. Parfois à 19 heure, l'heure de débauche, si j'avais la queue de mon guichet jusqu'à la porte il fallait les servir.
Et puis, après, j'ai vieilli évidement, et alors j'ai eu envi d'avoir des horaires fixes, j'ai demandé le service téléphonique. J'ai été à ce qu'on appelait l'inter. On avait un appareil, c'était comme une corne avec un galon et un plomb dans le dos, pour tenir le micro. On recevait les appels, et on mettait les correspondants en relation grâce à une table avec des fiches (des jacks ).
Ça marchait comme ça : une opératrice répondait à l'abonné, puis elle enfichait l'abonné demandé.
Nous étions répartis en plusieurs services selon les distances entre les utilisateurs, il y avait les inters(internationaux), les locaux(régionaux) et les urbains(dans la même ville). J'ai une anecdote ,on avait une collègue qui était simplette, elle travaillait là parce que son père était facteur, elle était toujours à la même place aux urbains, en face de son tableau avec ses fiches bien sûr etc.. Un jour un abonnés demande un autre abonné,et elle lui dit :
« Monsieur je ne peux pas il est bouché.
-Mais non il est pas boucher, il est pharmacien!
-Mais si monsieur il a un bouchon dans son trou!!»
En fait pour une raison quelconque, soit par qu'il avait changé d'abonnement ou parce qu'il n'avait pas payé, son numéro était supprimé. Mais comme le changement était récent on avait mis un «bouchon» dans la prise du jack.
C'était assez ingrat comme travail à l'époque, le casque était très lourd, en plus c'était une vie sans dimanche. Il y avait un roulement sur les jours et sur les horaires, le service était disponible toute la semaine de 6h à 19h. On travaillait 6 ou 7 jours par semaines, 7h par jour.


