Pendant la guerre

Un témoignage de Anonyme_26,
né(e) le 21 décembre 1917
Mémoire recueillie à

Née en 1917 à Vinezac. Elle s’est mariée en 1938 et a eu deux filles peu de temps après. Avant la naissance de la deuxième, le mari qui était militaire de carrière, disparut de sa vie en demandant sa mutation au Maroc. Pour élever ses deux filles elle dut racheter une petite épicerie à Aubenas. Ce fut le minimum pour survivre. Elles se nourrissaient, malgré tout, avec les tickets de rationnement durant la guerre, jusqu’au moment de la libération, où les alertes étaient fréquentes. Les Allemands repartaient progressivement vers le nord. Les voisins, un couple et leur belle-fille, frappèrent à sa porte et la prévinrent : « Il y a des alertes. Nous, on ne peut pas rester ici, on va se réfugier dans la montagne le temps que les alertes passent. Voulez-vous venir avec nous ? »Du coup, pour se protéger elle amena ses filles en dehors de la ville en compagnie de ses voisins.

Après plusieurs déplacements, à rechercher un endroit où s’abriter, ils finirent par trouver une dame qui habitait à Pierrot, ils lui demandèrent : « Excusez-nous, vous ne pourriez pas nous loger le temps des alertes ? On n’a nulle part où aller ». Elle accepta de les loger dans un poulailler, elle, ses deux filles, le couple de voisins et leur belle-fille. La dame leur posa des matelas à l’intérieur du poulailler. Ils mangèrent des soupes avec les herbes qu’ils trouvaient. La dame, qui avait une vache, donna du lait aux deux petites filles. Pendant dix jours ils survécurent ensemble dans ce poulailler dans ces conditions.

Quelques années après la guerre, elle continua à mener sa vie de commerçante dans la ville d’Aubenas. Et elle rencontra la personne qui lui fallait, un homme gentil et attentionné qui était prêt à vivre avec elle et à adopter ses deux filles. Ils se marièrent peu de temps après leur rencontre. Seulement quatre mois après, le premier mari qui avait complètement disparu de la vie de sa femme, refit surface. Il expliqua, par l’intermédiaire de ses parents, à notre protagoniste qu’il désirait revoir ses enfants chez lui à Vals.
Par compréhension, elle accepta la requête de son ex-mari. Elle mit ses filles dans un bus en direction de Vals dans la matinée. En fin d’après-midi, elle retrouva ses filles à la sortie du bus. Celles-ci coururent jusqu’aux bras de leur mère, les larmes aux yeux. « Maman ! Maman ! On ne veut plus jamais le revoir ! ». Elle ne comprit pas directement ce qui avait pu affecter autant ses filles à l’égard de leur père. Quelques temps après, elle reçut une lettre de son ex-mari qui disait : « TU SAIS COMMENT JE SUIS ET TU SAIS QUE JE NE CHANGERAI PAS… »
Quelle signification pouvait-elle avoir, cette lettre… ? Trois semaines plus tard, notre protagoniste pu lire dans le journal dans la partie faits divers : « M. …X… EST HEUREUX DE VOUS ANNONCER SON MARIAGE LE LE XX/XX/XXXX AVEC MLLE …X… ». Son ex-mari s’était marié avec une personne qu’il avait rencontrée le jour où sont venues ses filles.
Aucune invention ne l’a plus marquée que les autres, elle est toujours restée admirative pour chacune. La vie fondamentalement n’a pas changé, selon elle. Elle souhaite également dire : « Mêlez-vous de vos affaires et ne jugez pas en vous fiant aux rumeurs. »

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