La peinture comme thérapie

Un témoignage de M.G,
né(e) le 5 octobre 1951
Mémoire recueillie à

« J’avais trop vécu à la maison, encore aujourd’hui, car tout le monde me crie dessus. Ils me gueulent dessus. Et quand y a quelqu’un qui crie avec moi, j’ai trop peur. Je vais tout de suite pleurer, parce que ça me fait mal au cœur, qu’on me crie dessus. Je comprends pas très vite, parce que je suis arriéré mental. De cinq ans. Et on me dit que je suis un âne. Parce que j’étais à l’école spéciale, pour avancer un peu plus. Mais je n’arrive pas à avancer. Encore maintenant, j’ai du mal à calculer, et ça me fait de la peine. C’est beaucoup trop, ce qui m’arrive là. Et encore maintenant, je n’arrive pas à calculer, et l’orthographe, il n’est pas très bien. Je fais beaucoup de fautes en français. Je dis «jambon» et je mets un «g». Et là, quand quelqu’un lit, il dit que c’est trop faux. C’est faux, les orthographes. Même quand je fais l’atelier écriture, on me dit que tout le monde fait des fautes, même les bureaucrates. Et moi, ça me fait trop mal au cœur, d’entendre ça, que je suis un âne. Ça, j’aime pas trop qu’on me dit. Encore maintenant, on dit de moi que j’étais dernier à l’école, parce que j’étais dans une école spéciale. On m’aidait un peu à avancer plus, et je n’arrivais plus. Parce que, à l’âge de 7 ans, j’avais déjà un accident. Au crâne. Et j’ai encore maintenant du mal à me concentrer. Parce que tout dans la tête est embrouillé, et que je tombe souvent sur la tête. Et quand on m’opère, on m’endort avec le masque et à chaque fois, je reçois un coup, quand je suis endormi. Chaque fois, parce que la tête, elle a trop souffert.

Et avant, quand ma mère n’était plus là, je vous le dis, je voulais me tuer. Avec le gaz. J’avais ouvert le gaz, seulement une minute. Je voulais mourir, avec tout le monde. Parce que j’en avais marre de tout. Ça fait que la tête a souffert beaucoup, avec le gaz. Et encore maintenant, on me fait du mal. Je me jetterai dans le vide, si ça continue. Je peux plus continuer comme ça. La vie est trop dure pour moi. Et je suis content que je suis dans les Pâquerettes, pas seul, parce que là, on est entourés, ici. Mais à la maison, à la résidence où j’habitais, j’étais tout seul comme un con. Je pleurais tout le temps, et je pensais tout le temps à ma mère. Je supportais plus d’être tout seul; c’est pas bien. Maintenant que je suis entouré, je me sens beaucoup mieux. Et je peux dire merci Pâquerettes. Le docteur, il m’a compris tout de suite, le docteur B. Il a très vite compris ce qui se passait avec moi. Sinon, si j’avais pas été dans les Pâquerettes, j’aurais encore fait quelque chose. Parce que souvent, j’ai dans la tête de me jeter sous le train. Parce que tellement j’en avais marre, de cette vie, et je suis content que je suis ici pour toujours. Je suis vraiment très content d’être ici. J’ai les infirmières, les aide-soignantes, les médecins. Je peux dire merci à ma copine aussi, parce qu’elle m’a sauvé la vie. Elle a appelé le Samu à cause de mon cœur. Et je peux remercier les hôpitaux, qui m’ont à chaque fois sauvé la vie. Et aussi merci au Samu et aux pompiers. Maintenant, je suis très content que je suis ici. Et ça va beaucoup mieux.

 Quand j’étais jeune, je jouais souvent au basketball, que je regarde souvent en direct de la SIG de Strasbourg, au Rhénus. Il y a toujours beaucoup de gens, et chaque fois, quand il y a du basket, j’y vais. Il y a aussi des jolies filles, qui veulent regarder les basketteurs. Oui, il y a des jolies filles qui sont là-dedans; elles regardent les grands basketteurs. Et quand on rentre dans la tribune, il y a les filles qui font des pompoms, les pom-pom girls. Et ça me plaît. Maintenant, je peux plus aller regarder le basket, avec mon pied. On m’a opéré, sinon j’aurais plus eu de pied. Il était devenu très froid, et les médecins m’ont sauvé le pied, le plus vite possible. […] Il y avait deux caillots qui se formaient. Alors, ils m’ont ouvert le pied deux fois – parce que la deuxième fois, j’avais une infection de l’opération. Et je peux dire merci aux médecins et aux chirurgiens qui m’ont sauvé les pieds, et je suis content de pouvoir encore marcher avec le déambulateur

Je fais de la peinture grâce à une dame, qui vient de Lampertheim et qui est artiste-peintre. Elle fait de l’aquarelle, de l’acrylique, de l’huile. Je l’ai connue dans la résidence où j’étais; c’est elle qui m’a appris. D’abord, j’ai dessiné une feuille morte, et pour la première fois, ça m’a réussi très bien. Pour l’aquarelle, il faut pas beaucoup de couleurs, seulement beaucoup d’eau pour que les couleurs descendent. Il faut aussi laisser beaucoup de blanc; comme ça, c’est plus joli. Mais depuis que j’ai connu l’acrylique, je fais plus que ça. Mais j’ai encore des couleurs aquarelle.

Je choisis ce que je veux dessiner en fonction de mon imagination. C’est dans l’imagination que ça se passe. Ou je vais dans la nature, pour voir comment c’est, et je garde ça dans ma tête. D’accord, on peut aussi prendre une photo, mais moi j’essaie toujours de restituer avec ma mémoire. On peut faire les visages, ils sont roses, et on peut mettre aussi du rouge et du bleu; je l’ai déjà vu chez Chagall. Parce que lui, il dessine les visages rouges et pas roses. Moi, c’est l’imagination, c’est ça qui me fait du bien.

[…] J’ai rencontré ma copine dans le tram. J’ai parlé avec elle, alors ça a fonctionné. Maintenant, on est depuis deux ans ensemble. »

 

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