Passionné de moto & conducteur de Bulldozer
Sa passion pour la moto
Donc la dernière fois vous nous aviez dit que vous étiez un passionné de moto ? Comment vous est venue cette passion ?
Ben je l’ai eu tout jeune, j’ai toujours aimé les motos, j’avais une moto-cross et puis après j’ai pris une grosse moto, je faisais beaucoup de kilomètres ! On partait les week-ends du vendredi au lundi ! On allait dans tous les pays ! L’Italie, l’Allemagne, tout ce qui ce fait par la route ! J’ai commencé à 17 ans, tous mes permis je les ai eus à 17 ans !
Et c’était quoi qui vous plaisait dans la moto ?
Aie, aie, aie la vitesse ! Ah oui ! J’ai eu la belle vie en moto moi, ma plus belle jeunesse je l’ai passé en moto ! J’avais un copain qui en faisait aussi il avait le même âge que moi il avait une moto comme moi, et ça nous prenait le vendredi à 10h-11H on se disait tiens allez on va aller manger une choucroute et on prenait la moto et à midi et demie on mangeait la choucroute à Strasbourg. On allait manger les pâtes en Italie, on faisait des grands trajets, on aimait la route. Des fois les samedis on allait au marché à Chambéry, ça d’accord autrement nous c’était la route, on allait là où on avait envie d’aller. Souvent quand on roulait on était 15, 16, 17, des amis à moi, on avait un moto-club à Chambéry. Il y avait des courses de moto, course de side-car, avec un passager, c’était marrant ça, des fois on montait à 3 dessus !
Mais avant les motards nous on était bien vu, ce n’est pas comme maintenant ! Et dès fois on allait à un rassemblement de motos était 7000, 8000 motos de la Savoie et Haute Savoie. Ca allait des premières 56 cm3 jusqu’aux grosses motos, mais les petits ils ne restaient pas derrière, on roulait un moment nous, on s’arrêtait et puis les petits ils venaient devant on les attendait, c’est beau ça ! C’était toujours comme ça. Il y a avait une solidarité chez les motards, olà oui, olala ! Quand on arrivait sur un terrain pour camper ou faire à manger, tout le monde mettait la main à la pâte, toi tu fais ça, toi tu fais ça… C’était bien !
Et puis en moto j’ai fait beaucoup de voyages, l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie, partout. En Amérique, Montréal, c’était beau ! Montréal c’est joli, les routes là bas elles sont énormes, elles sont très larges, très longues, et puis on roule à 150 km/h. Et tout le monde roule comme il faut il y a jamais d’accidents, pourtant il y en a du monde !
Et vous, vous avez fait de la compétition ?
Non, non, j’ai fais des essais mais pas de la compétition je n’avais pas le temps parce que j’avais beaucoup de travail dans ma vie moi ! Beaucoup, beaucoup dès tout jeune et quand je faisais de la moto c’était pour en profiter, je ne montais pas tous les jours sur la moto c’était impossible.
Et en moto vous avez déjà eu des frayeurs ?
Oh oui c’est comme ça que j’ai perdu ma jambe, un ivrogne à la motte. Je me suis arrêté dans un virage et il est arrivé en ligne droite. Il avait bu douze Ricard. J’avais 38 ans. J’ai quand même pu refaire de la moto et reprendre mon travail. Mais c’était compliqué à cause de l’équilibre, ça dans les virages ça se connaît. Mais bon, mon accident ça a rien changé, j’ai quand même pu faire les mêmes métiers, j’ai conduit une pelle, un camion, mais bon c’était dur, il faut de la force. Et puis au début les premières prothèses de jambe ça faisait mal, là j’enlevais un verre de sang quand je retirais ma prothèse! Après les jambes elles ont évoluées et maintenant c’est mieux hein oh là là ! Ca faisait plus mal.
Les différents métiers qu’il a exercé
D’accord, vous dites que vous aviez beaucoup de travail, vous étiez dans le bâtiment vous c’est ça ?
Oh j’ai été partout ma pauvre ! J’étais dans le bâtiment, à la montagne, j’ai fais deux villas j’ai fais beaucoup de choses dans ma vie ! Dès que je pouvais travailler j’ai commencé à 12 ans dans une ferme, je labourais je faisais tout, je m’occupais des canards. Je suis presque pas allé à l’école, je n’ai même pas eu le certificat d’études, je travaillais moi, moi je devais travailler.
Vous avez commencé à travailler dans la ferme de vos parents ?
Je n’ai jamais vécu avec mes parents, ils ne m’ont jamais donné un bout de pain à bouffer. On est né à deux, ils en ont mis un dans le train et l’autre ils l’ont gardé c’était mon frère jumeau. A trois jours ils m’ont mis dans le train. Et puis c’est un paysan qui m’a trouvé dans le train et qui m’a récupéré et qui m’a emmené chez lui en Dordogne. J’ai vécu chez lui avec sa femme, ils étaient gentils c’était comme mon père après. Je suis allé les revoir de temps en temps après. Mais avec mes parents je n’ai pas gardé contact, non non ! Parce que ils se sont jamais occupés de moi et après 14 ans quand j’avais des droits ils m’ont envoyé mon frère pour que je m’occupe de lui ! Mais mon frère ce n’était pas quelqu’un de bien. Et puis bon moi je l’ai renvoyé chez lui, ce n’était pas mon problème, ce n’était pas à moi de m’en occuper !
Et après à 14 ans j’ai eu le droit et à 14 ans et trois jours je suis parti. Je suis allé travailler dans une usine de poil de cochon, il y avait un crochet et on tournait avec le pied et on en faisait des sièges. Des sièges de tout, c’était des vraies chaises hein c’est beau, ça existe encore. Ah c’était pénible ce travail pour moi, oui ! Bon je l’ai fait tant que j’ai pu jusqu’à que je trouve autre chose, dans le temps où tu trouvais un travail tu y allais, c’est tout, j’avais la ferme à m’occuper, et quand je n’avais pas ça, j’avais ailleurs. J’allais au bois, j’allais aux châtaignes, je m’occupais des cochons. Une fois j’ai été embauché pour réparer les grands poteaux haute-tension vers Ambérieu.
Et donc vous disiez que vous avez fait beaucoup de métier différents, comment êtes-vous arrivé dans le bâtiment ?
Et ben après je suis arrivé à Chambéry, j’ai repeins la gare, dans le temps la gare elle était tout en ferraille, vous n’avez pas connu vous, c’était tout en ferraille, il y avait des grandes marquises comme ça. Ah c’était beau, ah oui, il y avait des poteaux et des marquises dessus, comme la rotonde et donc ça fallait les peindre, alors je suis resté longtemps. Il y avait un ami qui était à Chambéry et qui m’avait dit qu’il y avait du travail pour repeindre la gare alors je suis venu à Chambéry, voilà c’est comme ça ! Et puis bon après je suis resté là parce que ça m’a plu. On était bien payé. Mais après mon patron il a eu des problèmes et ça s’est arrêté là quoi. Mais il y a avait un peintre qui était là, mais il cherchait un peintre pour faire le garage SIMCA vers Challes les eaux, c’était un grand garage ! Ce garage cherchait un peintre pour tout refaire donc je me suis fait embauché là. Oh moi, j’étais assez débrouillard, dans ma vie moi j’ai toujours été débrouillard !
Et donc globalement vous êtes satisfait de ce que vous avez fait ? Des différents métiers que vous avez exercés ?
Oui, oui, moi j’ai toujours fait ce que j’ai voulu, ce que je voulais faire personne ne me l’a demandé. J’ai toujours fait tout à mon idée ! J’ai fait les métiers que je voulais faire, mon terrain, mes maisons, tout ! Je me suis toujours débrouillé, c’était toujours le système D ! Je voulais du bois j’allais au bois, et puis moi j’allais chercher du bois chez quelqu’un que je connaissais et puis je lui remboursais le bois en lui prêtant des engins, en lui chargeant des trucs avec les engins, et c’était tout comme ça ! Chez moi j’ai rien payé moi ! J’ai tout eu comme ça, en échangeant des services ! Même pour le ciment, les moellons, pas de transports rien ! C’était tout avec des gens que je connaissais, j’ai travaillé chez eux et ils ont travaillé pour moi après ! J’ai toujours été « démerdare » moi.
Conducteur d’engins : la construction de la station de ski Valloire
Et après la peinture vous avez exercé un autre métier ?
Mais donc je suis resté dans la peinture dans le bâtiment un moment et puis après j’ai arrêté la peinture, je me suis mis dans les engins, j’avais envie de faire un boulot plus sportif donc je suis monté à Valloire, c’est moi qui ai fait Valloire ! J’ai accompagné un bon copain à moi, il m’avait dit qu’il y avait du boulot à Valloire pour 3 ou 4 ans donc j’y suis allé. Quand je suis arrivé à Valloire, il y avait rien, c’est moi qui ai commencé, il y avait aucune piste de ski avant, il y avait le village en bas mais aucune piste de ski. C’est moi qui ai participé à faire ça. Je sais plus mais ça devait être en 57 je crois, par là.
Et en 3 ans vous avez réussi à faire toutes les pistes de ski ?
5 ans, oui la plupart des pistes de ski, mais il y en avait des montagnes, des montagnes, des montagnes ! Je montais en haut de la montagne comme je pouvais avec les engins et puis après je poussais tout, fallait tout y foutre en bas, les arbres, rochers… On y poussait tout, c’était des gros gros engins ! 55 tonnes ! C’est dur comme travail ! Déjà il faut être courageux déjà d’une, courageux dans la tête ! Avec les bulldozers ont a relevé les montagnes c’est le cas de le dire !
Et quelles étaient les conditions de travail ?
Oh on travaillait d’avril à octobre, on ne travaillait pas l’hiver il faisait -30°C il faisait trop froid. Sinon on travaillait tout le temps, tout le temps, tout le temps, on travaillait 7 jours/7, tant qu’il ne pleuvait pas on ne s’arrêtait pas, dès qu’il pleuvait bon ben on était obligé de s’arrêter, mais dès fois on travaillait même la nuit. Parce que dès qu’il y avait de l’eau on nous disait on arrête parce que la terre c’était de la glaise et donc ça glissait mais dès qu’il faisait beau on travaillait tout le temps là on travaillait même Noël et le jour de l’an, tous les jours fériés, tout le temps. Et puis quand il ne faisait pas beau, qu’il pleuvait on ne faisait rien, dès fois ça durait longtemps, il fallait attendre qu’il y ait un peu de soleil.
Et de tous les métiers que vous avez exercés, lequel avez-vous préféré ?
Ben c’était avec les bulldozers c’était dur mais c’était bien, il y avait les montagnes, on voyait du monde et le travail changeait tous les jours. Tout ce qu’on faisait ce n’était jamais la même chose, tu déplaces ce caillou là ou l’autre ce n’est pas pareil. Ca change beaucoup. Et puis fallait pas se tromper fallait pas prendre un tas de terre, le mettre là ou là ce n’est pas pareil mais bon le travail ça s’apprend. Moi j’ai appris tout seul, il y avait le chef, la montagne et des bosses à enlever et on comprend vite ce qu’on doit faire. Des fois on faisait 4 allers retours dans la journée entre le village et le haut des pistes quand on avait fini la journée. C’était dur. Mais moi je cherchais un travail qui paye, et puis comme à ce moment là ils ne trouvaient pas beaucoup de gens qui conduisaient des bulldozers, ce n’est pas tout le monde qui pouvait le faire, c’est dur comme boulot. Il fallait faire attention, tout le monde peut monter dessus mais tout le monde ne peut pas le conduire ! Dès fois il y en a qui disait oui oui ça passe ça passe, ils avançaient et puis paf ils se prenaient le rocher !
Les bateaux et les sports aquatiques
Et sinon vous savez nager ?
Oh oui oui oulà la ! J’ai fait deux fois la traversée du lac du Bourget à Aix. Non, la première fois j’étais tout seul mais la deuxième fois il y avait une barque qui me suivait il me suivait parce qu’on prend des coups de froid des coups de chaud avec les courants. Une fois on était une dizaine comme ça dans l’eau et puis moi je saute dans l’eau et puis bon nous voilà partis !
Je crois que j’ai mis 4 h pour traverser mais je m’étais arrêté au milieu pour faire une pause et puis j’ai continué jusqu’à Aix.
Et avec votre bateau vous alliez loin ?
Oh ben oui, j’allais jusqu’au Rhône je le sortais souvent, mais je n’ai pas toujours eu celui la, pour pêcher j’avais une grande barque. Et j’avais acheté un bateau à un docteur, et le lac pouvait être déchaîné ça faisait rien ! Il était costaud, j’en ai pêché des poissons avec ça « oh vinsou » ! Et je continue à pêcher ici, j’y vais avec un ami une fois par semaine, je pêche des brochets, des perches on en a trouvé un de 9 kilos la semaine dernière ! On pêche à la mouche, à la cuillère, c’est un machin qui tourne et avec la lumière du soleil en tournant ça donne l’impression que c’est des écailles du poisson. Mais il faut être patient, on reste toute la journée !
Et vous avez déjà connu des difficultés lorsque vous naviguiez ? Parce qu’il y a un vent sur le lac qui se nomme la traverse, il est soudain et très dangereux, il met les embarcations en difficultés et fait du Lac du Bourget une des voies navigables d’eau douce les plus dangereuses de France.
Ola oui ! Le Lac du Bourget, il est relié au Lac d’Aiguebelette par-dessous, et il y a des bateaux, des voiliers avec deux jeunes qui sont morts et on ne les a jamais retrouvés ! Ils ont été aspirés par en dessous, ça fait comme un siphon entre le Lac du Bourget et le Lac d’Aiguebelette !
Ah bon ? C’est fou ça, je ne savais pas…
Ben c’est quand tu descends de la dent du Chat, il faut aller au moins à 20 mètres à droite et là il y a un trou, en dessous de Bourdeaux. Il y a un creux et là ça aspire. Moi ça m’est déjà arrivé je suis tombé trois fois du bateau et j’ai réussi à remonter tout seul. J’ai fais trois fois le tour du lac en zodiac, un gros zodiac comme ceux des pompiers. Y a plein de gens qui se sont noyés, tu tombes, tu te fais aspirer et hop. Un jour il y a un avion qui est tombé dans le lac c’était un suisse juste avant la guerre, son patron c’était un suisse et son patron l’attendait à Chambéry. Lui il était à Megève alors il a pris le lac tout le long et le lac il brillait, il a pris le lac pour la piste d’atterrissage et plouf dans l’eau. Il a fallu trois jours pour sortir l’épave et récupérer son pognon à 180 mètres de profondeur c’est là que c’était le plus profond !
Les Halles de Chambéry et la danse
Et quels sont les changements que vous avez observé dans la ville de Chambéry ? Vous avez dit la gare par exemple, il y autre chose à laquelle vous pensez ?
Oh ben la gare moi je l’ai vu changer à 100% !!! Comme je l’ai repeinte ! Les halles aussi, je les ai vues se monter ! Mais là c’est fini ils démolissent. Là, j’ai passé du bon temps là bas ! J’y ai passé ma jeunesse, c’était le bon temps ! On faisait plein de choses là-bas. On allait danser souvent, on rencontrait des gens et puis il y avait souvent des bagarres aussi ! Oula ! Il y a eu des morts ! Mais enfin des bals moi j’en ai un bon souvenir, c’était beau, tu danses et tu oublies ta journée, c’est beau ! Moi, j’aimais la valse, c’est ce que je préférais, j’aimais valser moi, et il y avait des bonnes danseuses ! Ooh oh ! Et puis il y avait des orchestres, des vrais orchestres tous les samedis soir et il y avait du monde ! Il y avait des gens de Modane qui venaient. Moi j’ai appris tout seul, oui tout seul, mais moi j’aimais que la valse, pas le cha-cha et tout ça ! Ca je n’aimais pas !
Bon et bien écoutez nous vous remercions, nous avons fait un peu le tour, merci beaucoup, nous espérons que ça ne vous a pas ennuyé !
Oh non, non pas du tout !





