» On faisait des bals quand même, en cachette ! «
Je m'appelle Rose-Marie ZAIA, j'aurais 82 ans, au mois de juin, le 6 juin. J’aurais 82 ans.
Depuis tout ce temps, ça a changé, ça a changé beaucoup ici. Et oui, parce que là, dans notre temps on avait rien, on avait rien, c’est vrai, on mangeait ce que l’on avait, on était 8 frères et sœurs et pas d’argent à la maison. Mes parents sont arrivés d’Italie, ils n’avaient rien et voilà. Les loisirs, il n’y en avait pas, on vivait avec les parents et c’est tout, et s’il y avait du travail à faire, il fallait le faire même qu’on soit petit. Qu’est ce qu’on avait ? Rien du tout, les plaisirs, y en avait pas, on jouait à la poupée mais des poupées on en avait pas, alors au temps du maïs, on coupait, heu comment on appelait ça ? Un épi et on tressait les cheveux, on leur mettait des rubans. C’était coupé. Ou alors on prenait un charbon blanc, on lui mettait une pointe de chaque coté, on l’habillait, c’était nos jeux. Des fois on se rencontrait à l’école, pour raconter des petites histoires, rigoler ensemble sinon après non, non.
Et oui, à 18 ans j’allais danser, et j’ai dansé oui, ha oui, hé, ça m’a passé. Et bien c’était pendant la guerre, c’était défendu mais on faisait des bals quand même, en cachette. Ah, si on n’était pas pris ça allait ; si on était pris, attention, il fallait sauter par les fenêtres et partir. Les garçons, ils partaient. Moi je me suis amusée, là franchement je me suis amusée mais petite non, petite non. Mais là, à partir de 16-17 ans on commençait à aller danser mais après 18 ans, je dansais comme une folle et après, ça me viens maintenant, et après je me suis placée chez des gens riches. Je gardais un petit garçon et une petite fille. Quand j’ai été à la retraite, parce qu’il m’avait bien employée (des lessives et tout ce que tu voudras dans les bassins froids et tout), quand j’ai voulu toucher la retraite, j’ai demandé pour voir, alors ils m’ont dit ce n’était pas obligatoire, on ne vous a pas déclaré et qu’est ce que j’ai touché ? La retraite agricole, pas grand-chose. Après je me suis mariée, j’ai travaillée comme une bête, j’ai pris peine et les tracteurs, et les vaches, et labourer. Enfin, je suis contente avec ça, qu’on me donne la santé, c’est tout. Heureusement que j’ai des petits enfants bien mignons ah oui, des enfants, des petits enfants et les arrières qui montent, ils sont petits encore.
La vie a changé quand on a été plus grand. Après, quand je me suis mariée, j’ai eu, un an après, une fille. Dont je me suis occupée mais on avait même pas d’eau pour laver, il fallait aller avec une grosse barrique chercher l’eau à 500m pour pouvoir faire les petites lessives des gosses.
L’invention qui a le plus changé ma vie? Ah oui, ah oui, l’eau courante, on n’avait pas de télévisions on n’avait pas de poste et oui. Pour l'électricité? J’ai connu le pétrole, la lampe à pétrole, je l’ai connue, j’étais petite quand même, et après y a eu l’électricité.
Pour ce qui est des nouveautés technologiques, j’y comprends rien, je ne chercherais pas à comprendre parce que je suis trop vielle, je me suis sentis dépasser un peu. Je me sui bien adaptée au courant oui, le téléphone aussi et après ce truc d’internet j’y comprends rien, je ne veux pas le savoir. Non, je suis trop vielle maintenant pour apprendre ça, on nous a dit de prendre le téléphone et je l’ai voulu pour pouvoir communiquer avec les enfants et avec, oui, tout le monde.
Le téléphone, c'est accessible à tous, oh oui, tout le monde peut sauf le tonton, il ne téléphone pas lui, autrement mon mari téléphone, moi aussi.

