« Nous avons beaucoup à apprendre de ce pays »
Mémoire recueillie à
« Je suis né à Andard en 1929 et j’y ai passé mon enfance. Je n’y suis pas resté longtemps car c’était la guerre. Je suis parti à l’âge de 12 ans de chez moi pour aller travailler, j’ai trouvé une place d’apprenti boulanger. Comme je ne supportais pas la poussière de la farine j’ai dû arrêter. J’ai ensuite travaillé dans les fermes puis dans un vignoble du coté de Brissac. Ensuite, j’ai travaillé dans le bâtiment, le travail ne manquait pas mais les déplacements dans les chantiers m’épuisaient, je ne voyais plus beaucoup mes enfants. J’ai donc arrêté pour travailler dans un magasin de matériaux.
Je me suis marié à 19 ans et demi, mon épouse en avait 19, nous nous sommes mariés un 11 septembre et en décembre notre premier enfant est né. J’ai quatre enfants, deux filles deux garçons.
Je ne suis pas parti en vacances pendant mon enfance, j’ai connu le bord de la mer, à la Bernerie en Retz en 1957, à l’âge de 28 ans.
Avec ma femme nous ne sommes jamais allés bien loin : Espagne Italie, Suisse, Allemagne Autriche, Iles Baléares, Corse, New York mais mon plus long voyage a été le Canada. Nous y sommes allés en juin au tout début du TGV Angers-Paris puis nous avons pris l’avion, un boeing 747 pour Montréal. Avec le décalage horaire nous avons trouvé le temps long. Nous y sommes restés 3 semaines pour voir un de nos fils qui travaille là-bas 7 jours sur 7,jour et nuit. Il est boulanger et y fait du pain français. Il m’a dit utiliser 40 à 45 tonnes de farine en 24 heures pour sa boulangerie. Nous étions logés dans sa maison à « McMasterville », une grosse commune située à 30 minutes de Montréal. Tout le monde a des piscines et l’eau est gratuite. Là-bas il est moins cher d’acheter une maison que de louer. C’est un pays très grand, propre, très soigné et il y a beaucoup de pâturages. Selon moi les gens sont plus chaleureux qu’en France. Nous avons beaucoup à apprendre de ce pays. Pour des raisons personnelles, nous avons suivi notre fils à New York. On y mange bien, les petits déjeuners sont souvent composés de jambon et d’œufs. C’’est une ville trop étouffante pour moi. L’ambiance est différente du Canada, les gens y sont trop méfiants. Je suis aussi parti une semaine à Venise en voyage organisé. C’est très joli, la nuit on peut voir des gens en terrasse à perte de vue. »
M. Coudray a ensuite voulu nous parler d’un moment marquant de sa vie : son enfance au temps de la guerre.
« Quand la guerre s’est déclarée j’avais dix ans. J’habitais le Plessis Grammoire et ma mère m’avait envoyé dans la commune voisine, à Pellouailles-les-Vignes pour aller chercher des sabots de bois. Sur le chemin j’ai vu un camion militaire Allemand et mon père était à l’arrière du camion. Il avait été arrêté à St Mathurin sur Loire et partait en direction du camp de travail d’Aubourg dans la Sarthe. Il m’a dit bonjour. En rentrant chez moi, je l’ai dit à ma mère, ne me croyant pas elle m’a giflé. Mon père a ensuite eu la permission de rentrer quelques jours à la maison, mais il a ensuite été envoyé dans un camp de travail en Allemagne dans une usine d’armement pendant 7 ans. Il a été libéré par les Russes. Se revoir après tant de temps ça fait assez « drôle ». Je n’ai même pas osé aller le voir à son retour. Pendant la guerre, j’ai failli me faire tuer pas mal de fois. Les Allemands étaient stationnés près des champs, en dessous des arbres et les avions anglais mitraillaient à l’aveugle. Un jour j’ai juste eu le temps de me mettre à terre. Les tirs n’étaient pas précis. Je me souviens, une nuit de Pentecôte, les Américains visaient la gare d’Angers et ils ont tiré à côté. Angers était en feu, le quartier de la Roseraie, les sœurs de l’immaculée conception…tout était écrasé. Ca a fait des morts. Quand on voit les bâtiments japonais après le tsunami, cela me fait penser à ceux que j’ai vu en 1945. On voyait Angers comme en plein jour. Je souhaite que cela n’arrive plus jamais. »
