Maroc

Un témoignage de Yvette Navone,
né(e) le 11 mai 1925
Mémoire recueillie à

Je suis née à Béziers et je suis arrivée au Maroc je devais avoir 3-4 ans. Mais je n’ai pas beaucoup de souvenirs de mon enfance. Mon père était dans l’administration pénitentiaire, il a passé des examens et il a été reçu. Il a fait toute sa carrière au Maroc. Il a été à Marrakech, Essaouira, Mogador. Il était muté tous les 2-3 ans. Dans l’administration ça se passait comme ça, on n’avait pas le choix, on bougeait tout le temps. Avec mon père on a fait tous les bleds possibles et inimaginables. Je ne me rappelle pas de toutes les villes car j’étais trop petite. Celle qui m’a le plus marquée c’est Marrakech, car contrairement à Casablanca c’est resté une ville arabe berbère. On voyait les montagnes c’était beau. Casablanca est une ville moderne on se croirait en France, c'est une belle ville. Et encore, je vous parle de cette ville il y a longtemps, parce que ça a dû se moderniser encore.
J’ai rencontré mon mari à Mogador grâce à des amis. Mon mari était dans l’armée il faisait partie des tirailleurs marocains, il était adjudant chef, alors là aussi on a voyagé. L’été on s’en allait de Marrakech parce qu’il faisait une chaleur épouvantable. On allait sur la côte ou dans les régions près de la mer car il faisait frais là-bas. Après il a pris sa retraite et on s’est installé à Casablanca. Il parlait très bien l’arabe car il avait appris au collège. Moi je le baragouinais, je me faisais comprendre avec la femme de ménage qu’on avait à la maison.
Je tapais à la machine. J’étais dans les bureaux… Je ne sais plus comment ça s’appelle c’était pour les eaux et électricité. Il fallait faire des papiers toute la journée. Après j’ai eu mon fils et j’ai arrêté de travailler là dedans. Mon fils a la nationalité française. Comme mon mari, il a été adjudant chef. Mon fils a fait sa scolarité dans une école française, mais au Maroc car là-bas les enfants sont séparés. Les petits marocains sont dans des écoles marocaines tandis que les français sont dans des écoles françaises. Les anciennes portaient toujours le voile et la djellaba mais les jeunes marocaines s’étaient mises à s’habiller comme nous, elles allaient même à l’école européenne après.
J’avais ouvert un magasin où je vendais un peu de tout : il faisait droguerie, parfumerie, alimentaire. Bref, il faisait un peu de tout et des aviateurs français venaient m’acheter beaucoup de choses. J’avais un employé arabe il faisait le ménage dans le magasin et quand les gens avaient besoin de commissions, je l’envoyais et il allait acheter ce qui manquait. Mais après on a senti que l’on était plus chez nous, on devait partir, ils nous le faisaient comprendre.

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