Un mariage

Un témoignage de Mme.W,
né(e) le 19 mars 1925
Mémoire recueillie à

Je suis née un 19 mars 1925 en Moselle, et je suis issue d’une famille de sept enfants. Je suis la plus jeune. Ma maman est morte quand j’avais cinq ans. Elle avait 39 ans. Mon papa, il était employé aux chemins de fer. Il travaillait de nuit, alors au début il avait demandé à sa sœur de venir me garder. Elle était couturière. Elle a dû partir, et mon père a dit qu’il fallait qu’il trouve une personne de confiance. Il a fait la connaissance d’une religieuse, qui connaissait une dame qui avait un fiancé qui était mort à la guerre de 14. Cette dame était restée célibataire; elle vivait avec ses sœurs, à Luxembourg, près de Sarrebourg. Ils se sont connus par le biais d’une religieuse. Il a vu cette dame-là, c’était une personne très belle; elle lui plaisait. Elle adorait les enfants. Ça fait qu’ils se sont mariés, et […] mon papa m’a emmenée au mariage. Devant la gare de Metz, il m’a dit: «Tu vois la dame? – une grande svelte avec de longs cheveux noirs – ça, ça sera ta nouvelle maman». Alors j’ai regardé, et j’ai rien dit. La dame s’est présentée, elle s’est approchée de mon père, elle nous a serré la main, et on est partis chez la famille de cette dame-là, à Metz. En cours de route, elle a voulu me prendre par la main; je ne l’ai pas prise. J’avais 5 ans à ce moment-là, elle a voulu me prendre la main à trois reprises; je ne lui ai pas donnée.

Quand on est arrivés là-bas, il y avait la belle-sœur de cette dame, qui était mariée. C’était une personne qui avait les cheveux gris. Je ne sais pas pourquoi, j’ai été attirée par cette femme, et j’ai dit: «c’est une maman comme ça que j’aurais voulu». Comme elle avait les cheveux gris, ça m’a donné une autre impression. Elle s’appelait tante Christine. Elle a dit: «Oui, mais moi je peux pas, je suis déjà mariée». J’étais triste; puis le lendemain, il y a eu le mariage. C’était comme à l’ancienne; vous savez quand on donne les anneaux, c’est sur une petite palette. J’ai dit à mon oncle et à cette tante Christine: «Qu’est-ce qu’ils font, là-bas?». «Tu vois, maintenant, ils vont mettre un anneau». Je demande ce que c’est qu’un anneau, et elle me répond: «c’est ce que tu mets au doigt quand tu te maries»[…]. On est rentrés à la maison le lendemain. Dans le train, on a roulé dans des beaux wagons, parce que mon papa travaillait à la SNCF. Je me suis assise à côté de la dame, et puis je lui ai donné la main. […] Mon papa était un homme très pieux. Quand j’étais petite fille, j’allais tous les matins à la messe à sept heures du matin. J’étais à l’école chez les religieuses. Mon papa était obligé de payer la scolarité; il n’y avait pas encore d’allocations familiales. Alors papa, qui était un homme très pieux, avait fait un mariage blanc. Vous savez ce que c’est? Un mariage blanc, c’est un mariage qui a été célébré à la mairie et à l’église. En réalité, il ne se consomme pas. Mon papa dormait en haut, au deuxième étage, et ma maman dormait en bas. Comme elle dormait en bas, elle m’a dit«et ben tu viendras avec moi au lit», et c’est comme ça que ça s’est fait.

string(0) ""