Marche à la vie

Un témoignage de Paule Valter,
né(e) le 20 décembre 1921
Mémoire recueillie à

Je suis nordiste.

On était en juin 1944 et c’était la guerre.

Les Allemands ont d’abord fait la guerre avec la Pologne puis ils sont venus dans le nord de la France.

Le 11 dans la nuit des avions bombardiers ont lancé des bombes incendiaires sur les immeubles principaux.

 

Mon père, ancien mutilé major, nous dit « ça c’est les boches ». Puis les Belges qui se sauvaient sont arrivés, c’était l’évacuation.

 

Pour nous, le 11 juin c’était impossible de rester dans le Nord  Pas de Calais et nous sommes partis à pieds car

on nous avait volé la voiture, avec une chaleur effrayante. Sur les routes nationales il y avait des arbres et de chaque côté des fossés.

On est parti en tenant nos vélos à la main car sur le vélo, on avait une valise.

 

Puis les avions allemands, les stukas, sont venus, fonçant sur nous avec leurs mitrailleuses et des sirènes pour nous effrayer. Quand ils arrivaient trop près de nous, on sautait dans les fossés.

On a avancé comme ça pendant des heures et des heures sans boire sans manger.

Il y avait un petit garçon tué au pied d’un arbre, c’était affreux !! Vraiment affreux !!

 

On est arrivé dans un village dont on connaissait le maire, à 19 kilomètres de chez nous. Alors papa est allé le voir et lui a dit « On ne peut pas continuer comme ça, est-ce que vous pourriez nous héberger quelque part? »

 Le maire lui a répondu « Ecoutez, des personnes sont parties plus loin, vous pouvez entrer chez elles». On est entré.

 

 

 

 

 

 

On était fatigués, on avait faim, on avait soif, de la journée on n’avait rien pris.

Il y avait une route devant la maison et à une heure du matin mon père entend un drôle de bruit et ouvre la porte : c’était les soldats français qui se sauvaient. Alors papa leur a dit : « Mais qu’est-ce que vous faites les enfants? ».

Ils ont répondu « Mais nous n’avons plus d’officier ! ».

 

On est encore restés là deux heures assis sur des matelas repliés puis papa est allé trouver le maire du pays pour lui dire « On s’en va ». On avait notre grand-mère avec nous. On est reparti, et le maire avec nous.

 

Le ciel était rouge de tirs de canons d’avions, c’était effrayant !!

 

 

 

 

 

On a marché pendant des kilomètres et on est arrivé dans une commune où le maire qui nous accompagnait connaissait le maire. Il va le trouver et lui demande de nous héberger car on est fatigués. On nous a donné une écurie. En tout on était 13. Avec nous, il y avait une Belge et des petits enfants et on est tous rentrés là-dedans.

 

On a entendu les avions, les canons, pendant des heures et des heures parce qu’il y a eu cette nuit-là une bataille bien connue.

 

Au matin sans avoir dormi, assis sur de la paille, vous avez faim, vous avez soif…  A 4 heures du matin, mon père entend des side-cars allemands qui s’arrêtent pas loin de là et nous dit « Oh les boches sont là ». Puis tout-à-coup, on a frappé dans la porte et crié « Raousse »  (ça veut dire sortez). Les Allemands voulaient voir s’il n’y avait pas de soldats français avec nous.

 

Quand la porte a été ouverte, on a vu qu’il n’y avait pas que nous dans l’écurie, il y avait au moins une quarantaine de personnes, voyez-vous !

Des réfugiés comme nous.

 

Les Allemands sont restés longtemps, ils ont rigolé puis sont partis.

La bataille qui avait eu lieu dans la commune s’était calmée, et on n’entendait plus les canons ni rien!

Les Allemands sont alors revenus à moto mais sont restés dehors.

 

La fermière qui nous hébergeait, sachant qu’on n’avait ni mangé ni bu, est venue avec des sceaux de lait pour nous donner à boire, pour nous nourrir. Elle nous a dit « Ecoutez ça s’est calmé, si vous voulez la boulangerie est ouverte ».

 

 

 

Ma sœur est allée chercher du pain et on est resté là 48 heures. C’est terrible !! Terrible !! Nous devions faire nos besoins mais il n’y avait rien !!  Rien ! C’était  effrayant !

 

Puis 48 heures après, un Allemand qui parlait un peu français nous a demandé d’où on venait. Papa lui a dit « On vient d’Arras ». Alors il s’est mit à rire et a dit « Arras kapout !! ». Alors on est retourné chez nous.

 

Sur le bord des routes, il y avait des morts gonflés par la chaleur, c’était effrayant !

C’était vraiment un calvaire, mais on marchait toujours, et à un certain moment papa a dit « Le beffroi, il n’est pas tombé! »

 

Alors on a continué à marcher pendant des heures dans la chaleur. Quand on est arrivés dans le coin où on habitait qu’est-ce qu’on a vu ? Ma sœur aînée sur le bord du trottoir devant la maison qui nous dit « N’ayez pas peur, la maison a été touchée par une bombe de tank »

 

La maison avait été soufflée et il n’en restait que deux pièces. Alors papa a dit « ça ne fait rien on rentre chez nous », et on y a vécu l’occupation.

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