Ma première enquête…

Un témoignage de Louis B.,
né(e) le 1 mars 1920
Mémoire recueillie à

Après avoir quitté le séminaire, j’ai travaillé quelques mois dans une banque, c’est là que j’ai rencontré ma femme mais je me suis vite rendu compte que les chiffres et moi nous étions fâchés. J’ai donc présenté ma candidature à la police de Paris, et j’ai été accepté à la DST (Direction de la Surveillance du Territoire). Une semaine après ma rentrée dans le service, un camarade et moi nous sommes portés volontaires pour une mission de surveillance qui nous fût confiée par un officier militaire des renseignements. Notre objectif était de surveiller la domestique d’un commandant dans le 16eme arrondissement de Paris, la servante sortait tous les soirs de 20h à 22h. Nous avons donc pris la bonne en filature. A 20h, elle a pris le métro à la porte Dauphine pour arriver dans le quartier de l'hôtel de ville vers 21h, et elle est rentée dans un hôtel louche situé dans un quartier mal famé. Elle ressortit 1h plus tard et rentra chez son patron. Le lendemain, je fis mon rapport à mon supérieur. Les renseignements nous dévoilèrent que la bonne se rendait dans la chambre d’un client de l'hôtel qui était en réalité son frère. Donc le lendemain mon camarade, le commissaire et moi-même décidions d’interpeller l'individu. Nous passâmes par la porte de derrière, là nous frappâmes en nous présentant en tant que la police. Après le deuxième coup, le client de l'hôtel ouvre la porte nu comme un ver, sortant d’une débauche avec une prostituée qui était dans la pièce, elle aussi, entièrement nue. Une fois qu’elles s’étaient rhabillées, nous emmenions les deux personnes au service, nous avons relâché la prostituée assez vite car elle ne savait rien sur cet homme. Après 15 jours de garde à vue et d’interrogatoires, le prisonnier avoua être un ancien SS qui se fit parachuter en France avec pour mission d’espionner les américains, ce qu’il ne fit jamais car il avait accepté cette mission dans le seul but d’échapper à la guerre. Il nous dit qu’on l’avait largué à côté de Rouen et qu’il avait enterré son poste-émetteur dans un coin d’un champ à la lisière d’un bois près de Barentin. Nous sommes donc partis, le commissaire, le SS, mon camarade et moi-même à Rouen pour vérifier l’histoire du soldat allemand. Arrivés à l’endroit où l’homme nous avait indiqué qu’il avait enterré la radio, il commença à creuser. Le SS creusa sur une vingtaine de centimètre et sortit du sol un poste-émetteur encore emballé dans sa housse et en état de marche. Nous lui avons demandé pourquoi se faire parachuter à cet endroit en particulier, il nous répondit qu’à l’époque la fille qu’il aimait habitait à Barentin. Nous sommes donc allés voir la jeune fille. Arrivés à la ferme des parents, il y avait déjà des voitures de gendarmes. Le commissaire nous confia la garde du prisonnier pour aller voir de plus près ce qu’il se passait dans cette ferme. Le père de la jeune fille, après avoir su que son futur gendre avait été parachuté dans la région en tant que SS, avait tué sa femme et sa fille puis s’était suicidé en se jetant du premier étage dans le puits de la cour.


Ramené à Paris, le SS fut encore interrogé 15 jours puis condamné par tribunal militaire à 25 ans de prison. Le prisonnier allemand mourut en prison d’une maladie vénérienne". Monsieur B fut en service actif pendant 15 ans, il voyagea dans toute l’Europe grâce à sa nouvelle affectation en tant que commissaire. Il prit sa retraite en 1977.


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