L’histoire de Margot Zingraff
Mémoire recueillie à Metz
« Je m’appelle Margot Zingraff. Je vais sur mes 89 ans. Je suis née à Talange. Mon père a travaillé à l’usine d’Hagondange en tant que serrurier. Actuellement, je suis bénévole à la maison de retraite des Quatre-Bornes à Metz. J’ai deux enfants, quatre petits-enfants et quatre arrières-petits-enfants. Je me suis mariée en 1947. J’ai rencontré mon mari dès qu’il est revenu de l’armée. Il était malgré nous dans l’armée allemande partie combattre en Russie. Il était d’abord à la police, puis après, il est devenu pompier.
Mon père est venu d’Alsace pour aller en Lorraine et travailler à l’usine, à Hagondange précisément. Il y a travaillé pendant la Première Guerre mondiale de 1914 à 1918. C’est durant cette période qu’il a rencontré ma mère. Puis, ils se sont mariés.
J’ai fréquenté la grande école La Ballastière près du lac. Puis, quand la drôle de guerre de 1938-1939 a éclaté, on a accueilli tous les civils, les évacués et les réfugiés de la frontière avec des charrettes à l’école, charrettes qui contenaient leurs effets personnels et leurs bagages.
Quand ceux-là sont partis, les soldats des régiments alliés sont arrivés. Je me souviens même d’un en particulier, qui avait votre âge, qu’on logeait et qui pleurait car il avait laissé sa fiancée à la maison !
Peu de temps après, il est parti vers Dunkerque. Est-ce qu’il est rentré à sa maison celui-là ? Franchement, je ne sais pas. Parce qu’il y a eu une sacrée bataille à Dunkerque, aussi… Les combattants se lavaient à l’école qui disposait de douches et de baignoires car malheureusement, nous n’avions pas encore de salle de bains chez nous. Les soldats donnaient trois fois rien, un ticket, et ils pouvaient se requinquer sous une bonne douche chaude.
Trois semaines plus tard, les belligérants qui étaient occupés au front revenaient et étaient logés à l’école afin de panser leurs plaies. Puis ils repartaient de plus belle. Cinq ou six personnes restaient à la mansarde, tandis que les cinq autres allaient à la cantine de l’établissement.
Peu de temps après, les Allemands voulurent nous emmener avec eux, ce que ma mère et moi ne souhaitions pas. On s’est tapies au fin fond de notre demeure jusqu’à ce qu’ils partent tous. C’est pourquoi nous avons fui, et, pendant un mois, nous nous sommes cachées à l’usine de Rombas.
Un mois plus tard, nous sommes revenues sur nos pas. Les Américains étaient là. Malheureusement, maman a été tuée lors de la bataille de Maizières-lès-Metz. Elle s’est mise à la fenêtre et s’est pris une balle perdue. Mon père est mort peu de temps après. Pourtant, il a bien gagné sa vie à l’usine. »
Thierry Capochichi

