L’espiègle
J’étais à l’école pendant la guerre. Comme les allemands avaient pris l’école on a étudié sur la place St Claire dans le Calvados. Ensuite dans une maison que Mr Vigor nous avait prêté. Nous n’avions qu’une maitresse, c’était Mme Berthelot qui faisait les cours. Ma sœur et moi, malheureusement comme nous n’étions pas riches, on était au fond de la classe contrairement à ceux qui avaient des sous, qui étaient devant. Je n’ai pas appris grand-chose à cette époque puis j’ai été déçue par l’école. Un jour j’avais fait une dictée et je n’avais fait aucune faute et la maitresse m’avait soupçonné d’avoir triché, d’avoir copié. Puis j’étais un vrai garçon manqué, un vrai casse-cou et je faisais beaucoup de bêtises. On s’amusait bien !
Je me souviens du débarquement pour une bonne raison : nous étions pauvres, nous n’avions pas de chocolat, nous n’avions rien. Au débarquement les Anglais et les Américains nous donnaient du chocolat, du fromage, de tout, on aimait bien !
Ensuite nous avons du évacuer de Common l’Eventée pour nous rendre à Plancri car le village avait été bombardé. Nous dormions même dans les chemins, les Allemands d’un côté, les Américains de l’autre. Il n’y avait plus d’école, tout avait été détruit. Alors je suis partie travailler à 13 ans en tant que femme de ménage à Balleroy. On disait « bonne à tout faire » dans le temps. Puis je suis ensuite partie à Trévère dans une famille, toujours comme femme de ménage. Là j’étais chez des gens bien mais je n’étais pas payée. Je suis restée dans cette famille 10 ans, de 15 à 25ans.
Puis quand j’ai voulu gagner un peu d’argent, je suis partie travailler à l’hôpital de Bayeux en tant que aide soignante. On ne demandait rien du tout à cette époque, je n’avais ni certificat, ni diplôme, ni rien. Ce n’est pas comme aujourd’hui où on en demande trop.
J’aurai pu prétendre à un métier d’infirmière, j’avais le niveau pratique pour mais j’aurai du reprendre les études….je ne pouvais pas. Je suis donc restée aide soignante jusqu’à la retraite c'est-à-dire 32 ans de métier à l’hospice et à l’hôpital. Je savais faire beaucoup de choses, j’étais courageuse mais comme je n’étais pas infirmière on m’interdisait de faire certaines interventions et cela me gênait. J’aimais beaucoup mon travail, on avait une bonne équipe, ona bien ri quand même !

