Le Maroc

Un témoignage de Anonyme 2,
né(e) le 19 mars 1917
Mémoire recueillie à

Je suis née à Paris, et durant mon enfance, ma famille a beaucoup voyagé : en Allemagne, en Afrique du nord ; on a même vécu un long moment au Maroc. Lorsque nous nous sommes installés, je n’avais alors que dix ou onze ans. Nous étions en pension, mon frère, ma sœur et moi à Rabat et retournions les week-ends auprès de nos parents au bled. Mon père travaillait dans l’agronomie. Il était directeur d’une société qui s’occupait de planter des eucalyptus. Ça permettait de lutter contre le paludisme et contre les marécages. J’en garde un très bon souvenir, même si ça n’était pas drôle pour ma mère. Là-bas elle ne connaissait personne alors c'était difficile d’aller au théâtre ou au cinéma.

Quant à moi j’allais de temps en temps voir des amis, on attelait le cheval et la carriole, et je rendais visite à quelques un de mes camarades de classe. On sortait un peu quoi. On allait parfois du côté de Meknès faire du ski, on avait des petites réunions, il nous arrivait même de danser. Nous nous y rendions à cheval ou à pied ; des voitures il n’y en avait pas tellement. On en avait une mais nous ne l’utilisions que rarement. Je me souviens d’ailleurs qu’un jour, notre chauffeur étant absent, mon père a pris le volant. Lui qui n’avait jamais tenu un volant à appris à conduire ce jour là, il n’avait pas loin de cinquante ans. Autant vous dire que ça nous a fait des émotions ! Si bien que mon frère, dès que j’atteignis l’âge de passer mon permis de conduire, me pria très fortement de m’inscrire à l’auto-école, de crainte qu’il ne faille encore un jour prendre la voiture en l’absence du chauffeur.

J’ai vraiment beaucoup aimé ma vie au Maroc. J’y ai vécu beaucoup de bons moments. C’est d’ailleurs là-bas que j’ai rencontré mon mari. Il était officier de l’armée française. Nous nous sommes mariés là-bas, et sur la photo de mon mariage, on peut apercevoir en arrière plan les eucalyptus de mon père. J’ai eu trois enfants, trois fils qui sont nés au Maroc. C’est vous dire à quel point je suis attachée à cette période de ma vie !

C’est mon frère, qui, le premier est reparti en France, à cause de la seconde guerre mondiale. Ensuite ce fut le tour de mes parents, ma sœur et moi. J’ai tellement apprécié ma vie au Maroc qu’un jour, accompagnée par ma sœur, nous avons mis la voiture sur le bateau et sommes parties direction Casablanca. Et, une fois débarquées, nous nous sommes baladées. Nous fûmes étonnées de voir que les eucalyptus de mon père étaient toujours présents. Un peu comme s’ils avaient attendu tout ce temps notre retour.

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