Le jour le plus noir – 25 août 1942

Un témoignage de ,
Mémoire recueillie à


La date du décret instituait l’incorporation de force de 130 000 alsaciens/lorrains dans l’armée allemande. Mais comment incorporer les alsaciens alors qu’ils n’ont pas la nationalité allemande ?


L’alsace a été rattachée au Reich nazi. J’avais 18 ans et j’appartenais à la classe 1924, j’étais encore mineur, donc sous la tutelle de mes parents. Il fallait combattre à côté des autres allemands pour l’Allemagne et la cause du national-socialisme (nazisme).


En avril 1942, j’ai été soumis avec mes camarades à un régime de discipline militaire, travail manuel et instruction militaire qu’on appelait Reicharbeitsdienst (service du travail ou RAD), service obligatoire au travail et condition nécessaire avant d’entrer dans l’armée Allemande.


Après deux semaines de permission chez mes parents, je suis passé au conseil de révision à Barr. J’ai connu des camarades que les gendarmes allemands traînaient à ce conseil car ils chantaient la Marseillaise, ils étaient alors frappés. Certains essayèrent de se soustraire à la signature du livret militaire, d’autres franchirent la frontière vosgienne de nuit pour déguerpir en France libre, d’autres furent abattus, on arrêtait et déportait les parents.


Nous devrions combattre à côté des allemands dans des unités du front, en Russie pour la plupart.


Le 17 octobre 1942 le train prenait la direction de Nuremberg et j’ai été affecté à un régiment de transmission. Avec écouteur et clavier à touche, j’ai appris le système conventionnel de télégraphie, alphabet par traits et par point qu’on appelle alphabet morse. Ce système de télégraphie servait à transmettre les ordres aux pièces d’artillerie pendant les opérations de combat.


Le 1er décembre 1942, nous fûmes transférés par voie maritime en Norvège dans la région de Alesund, Kristiansund, Trondheim.


Je fus affecté à une batterie de commandement des transmissions dans la garde côtière. Les pièces et le matériel roulant étaient tirés par des chevaux. J’appartenais à la « Schwere artillerie ersatz abteilung 231 Nüremberg, Nachrichten Staffel ».


Dans cette région norvégienne il n’y avait plus de combats mais nous avons subi un traitement de martyrs. Pour finir, disons que les allemands soumettaient les Alsaciens à d’abominables épreuves. Les plus heureux restent ceux qui ont réussis à s’échapper et à rentrer dans leur pays sous l’uniforme français.


Notre seul espoir était de revenir en Alsace mais pour cela il fallait tenir jusqu’au bout du désastre Allemand.



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