Le droit, un métier et une passion
Mr Lucas, avez vous toujours vécu en Gironde ?
Oui, j’avais une maison au nord de Libourne. J’ai voulu un jour faire de la randonnée en montagne et au sommet j’ai rencontré les troupes françaises. Je leur ai demandé où se trouvait la frontière espagnole. Ils m’ont répondu : « ici ». Je leur ai demandé si je pouvais passer la frontière. Ils m’ont donc dit : « Oui, mais si vous passez je tire. » Alors je suppose que mes obsèques auraient eu lieu en Espagne, si j’avais dépassé la ligne.
Quel métier faisiez-vous ?
J’étais conseiller juridique dans le droit fiscal mais spécialiste dans le droit des affaires et le droit public. Le droit fiscal est une application des droits de l’Etat. Les gens venaient me consulter.
C’est un métier que vous avez choisi ?
Oui, c’est un de mes professeurs qui était ancien sénateur qui m’avait dit : « Ce métier ne disparaitra jamais. »
Avez-vous une passion ?
Ma passion numéro 1, c’est de lire du droit
Encore aujourd’hui ?
Bien sûr ! J’allais chez Mollat depuis 1940, quand je suis rentré à la faculté. Et encore aujourd’hui, le vendeur de cette librairie vient me voir à Villa Pia pour me dire quelles sont les dernières nouveautés.
Avez-vous connu Mr Mollat ?
Oui je connaissais Albert Mollat. Une fois j’ai tellement acheté de livres chez eux qu’ils ont dû m’aider à les porter jusqu'à chez moi. Il fallut avec le temps que j’en laisse la moitié à mes voisins.
Mais comment avez-vous acheté tous ces livres ?
Et bien, mon père avait un coffre fort dans la maison, et il m’avait donné le code car il disait que ma mère était trop maladroite. Donc je me servais. Je ne faisais aucune critique de cette décision. Il voyait que j’achetais beaucoup de livres mais comme il avait la même passion que moi ça ne le dérangeait pas.
Votre père travaillait également dans le droit ?
Oui, il était le fondateur de l’Ecole du droit public de Bordeaux. Il m’a donc poussé à faire les même études que lui. Au début, je voulais être ingénieur. Mon père ne parlait pas beaucoup, du moins quand il me parlait c’était pour me parler de sa passion qui est était la même que la mienne : la lecture du droit. Donc, je l’écoutais avec attention et ça m’a beaucoup plu.
Ayant passé beaucoup de temps à l’écouter, cela m’a permis de comprendre beaucoup de choses avant même de rentrer en Ecole de droit. J’ai par la suite participé à beaucoup de conférences. C’est ce qui a construit mon savoir.
Votre père devait être fier de vous ?
Non !
Pourquoi donc ?
La fierté, c’est de l’orgueil !


