L’amoureux des montagnes
Pouvez-vous nous racontez votre jeunesse et votre environnement familial?
Je m’appelle Paul Ochon (mon vrai nom étant Oichion, c’est d’origine piémontaise, en Italie. Je l’ai fait changer car trop compliqué à prononcer). Je suis né le 19 avril 1924 à Embrun. Malheureusement, le climat général de la famille était affreux… Mon père était alcoolique et violent envers ma mère, c’est dur de voir son père allongé par terre, ivre mort, sur le sol de la cuisine (pleures). J’ai eu 5 frères et une petite sœur morte toute jeune.
Comment avez-vous fait pour vous sortir de cette situation?
J’ai décidé de rentrer dans un ordre religieux à Marseille pour pouvoir gagner ma vie. Les frères de l’école chrétienne à Marseille m’ont guidé, c’est là où j’ai fait vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. J’ai ensuite passé le brevet de capacités pour devenir instituteur à l’école de St Jean Baptiste de la Salle. Quelque années plus tard, j’ai voulu redevenir civile, mais pour cela, c’est toute une affaire (rires)! Pour être dispensé des vœux, il faut passer par Rome, ce que j’ai fait, non sans mal. Je suis tout de même resté instituteur à l’école de St Jean Baptiste de la Salle par la suite.
Avez-vous des passions, des activités qui vous tiennent à cœur?
Oui! Je suis passionné de randonnée, d’escalade et d’escalade glaciaire. J’ai fait partie d’un groupe de marche qui s’appelait « les mille pattes de Nice », on marchait environ 17h par jour. Avec tout le temps que ces activités me prenaient, je n’ai pas été marié et je n’ai pas eu d’enfant…
Grâce à cette passion, avez-vous eu l’occasion de voyager?
Bien sûr, j’ai fait plusieurs voyages inoubliables. Je suis allé dans le désert du Sahara, où j’ai eu la chance de rencontrer une civilisation incroyable, j’ai connu quelque chose de merveilleux là-bas! Mais attention aux scorpions (rires)! Je suis également allé en Suisse, escalader le Mont de Cervin, j’ai voyagé au Portugal pour voir la vierge de Fatima (j’avais environ 24 ans), avec un groupe d’amis, c’était fabuleux. Le Togo est aussi un pays que j’ai visité grâce à Kpodar, un ami togolais.
Qu’est ce qui vous a le plus marqué dans votre parcours de vie?
Evidemment, j’ai beaucoup de choses qui me viennent à l’esprit lorsque j’évoque mon passé. Cependant, deux évènements m’ont marqué. Le premier n’est pas joyeux mais il s’agit des bombardements du 27 mai 1944 à Marseille auxquels j’ai assisté. Il y avait des milliers de morts, on les a vite enterré (pleures), je suis trop sensible! Maintenant, mon plus beau souvenir : mon voyage dans le désert du Sahara, j’ai vu les gens, j’ai discuté, j’ai vraiment été époustouflé.
Comment vous sentez-vous au Pôle gérontologique de St Maur?
Je m’y plais beaucoup, j’ai tout ce qu’il faut, je m’occupe la tête avec des mots mêlés et des livres de la bibliothèque. Si on ne fait pas fonctionner sa tête, on la perd vite! Et surtout, j’ai 90 ans et mes 2 jambes fonctionnent, sans même le soutien d’une canne.

