La vie de Dominique

Un témoignage de Dominique Larue,
né(e) le 31 janvier 1947
Mémoire recueillie à

Après mon service militaire, je me suis retrouvé à 24 ans dans un hôpital psychiatrique. C’était un grand hôpital à Armentières. Avant, on mettait les hommes à Armentières et les femmes à Bailleul. Maintenant, c’est devenu mixte et il y a moins de personnes malades. Maintenant, ce sont de plus petites structures parce qu’avant il y avait plus de 2000 patients là où j’étais. Par exemple, pour dormir, c’était des grands dortoirs de 65 lits.


On restait 3 ans en arrêt longue maladie et après on passait en invalidité. Et pour ceux, comme moi, qui étaient bien malades, on était mis sous tutelle et c’était le gérant ou la gérante de l’hôpital psychiatrique qui gérait nos biens. On avait un petit pécule quand on travaillait, une gratification du travailleur, et on pouvait en retirer une partie infime pour acheter des douceurs… A Armentières, il y avait une cafétéria et on pouvait acheter des boissons à prix modiques, du saucisson, du camembert ou des chocolats…


Au bout de 11 ans, j’ai été sauvé. J’ai été muté dans une clinique avec huit autres personnes où les patients ne restaient que trois mois, le temps de la prise en charge. J’ai eu affaire à un autre médecin qui m’a donné pour la première fois en onze ans un anti dépresseur !! Et avec cet antidépresseur, j’ai remonté la pente… Ce qui veut dire que pendant onze ans, je n’ai pas eu le traitement adéquat !
Et j’ai tellement bien remonté la pente que j’ai suivi un an de cours du soir dans un L.E.P., Lycée d’Enseignement Professionnel, et j’ai repris la comptabilité. Parce que, avant ma maladie, j’étais employé de comptabilité à la maison dunkerquoise. Et puis j’ai travaillé aux Pompes Funèbres Générales toujours comme employé comptable.


Après donc j’ai demandé à l’assistante sociale de sortir de l’hôpital parce que, à ce moment-là, je pouvais vivre dehors tout en suivant un traitement. Alors, j’ai été dirigé vers la maison de convalescence et de réinsertion sociale « Les bois Saint Joseph » dans le Var près de Toulon. Et là, je suis resté dix-sept mois. Je suis toujours resté sous tutelle mais j’ai demandé la « main levée », c'est-à-dire la suppression de la tutelle, que j’ai obtenue. Mais je suis d’abord passé en curatelle et j’arrivais à gérer tous mes papiers, à payer mon loyer, tout ça …


Je suis resté quelques années à Hyères et puis j’ai demandé à aller en Bretagne. J’ai atterri à Vannes, en dessous de Lorient. Là, j’ai eu un logement aussi mais je devais toujours voir le médecin de l’hôpital psychiatrique pour un suivi médical.
Mais j’aurais du garder contact avec mon psychiatre parce que j’ai fait une rechute. Alors j’en ai eu marre et j’avais envie de revenir dans le Nord. J’ai atterri à Lille mais j’étais considéré comme un S.D.F. du fait que je n’avais pas de logement. J’allais à l’armée du salut le midi jusque quatorze heures et après il fallait attendre dix-neuf heures pour l’accueil de nuit. J’ai pu profiter du plan grand froid pour avoir un logement près de Dunkerque à Saint-Pol-sur-Mer. J’ai eu un logement du P.A.C.T et je vivais avec ma pension.



Après j’ai eu une auxiliaire de vie envoyée par l’assistante sociale de l’hôpital psychiatrique de Bailleul parce que je dépendais de cet hôpital. On faisait nos courses ensemble, elle faisait mon ménage etc.… Ça a duré un moment mais l’assistante sociale a dit que ça serait mieux pour moi de rentrer ici, en maison de retraite et je ne regrette pas. Je participe aux activités, je fais les sorties aussi, je m’occupe du courrier … Quand j’étais seul, je ne sortais pas et là je suis bien avec mon traitement adéquat et aussi le fait de ne plus être confronté à la solitude.

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