La verrerie
M. Taglione : « Mes parents ont immigré en France mais ils sont nés en Italie. Ils se sont mariés en France et moi je suis né ici, en 1934.
J'ai commencé à travailler à quatorze ans dans une verrerie. Je gagnais vingt-cinq francs par semaine, des anciens francs. C'était beaucoup pour l'époque. On fabriquait des ampoules pour les lampes d'éclairage, moi j'étais jeune donc je ne faisais que transporter les ampoules. Toute la journée ils soufflaient dans du verre à 2000°C avec un tube. C'était dur et dangereux, je me suis brûlé plusieurs fois avec le verre.
Quand les ampoules restaient collées au verre il fallait qu'on tape dessus, les chutes de verre nous tombaient sur les bras, ça faisait mal. Moi j'allais voir le chef de poste, je lui mouillais les avant-bras.
Ils étaient doués les gars, il y en avait même qui faisaient des petits chevaux avec les chutes de verre. »
Volontaires : « Il n'y avait que des hommes qui travaillaient là-bas ? »
M. Taglione : « Dans la verrerie ? Non, il y avait des femmes aussi. Mais elles ne faisaient pas le même travail que les hommes, on leur donnait du travail plus tranquille.
Mais c'est beau à voir une verrerie, allez voir ça si vous avez le temps. Si l'occasion se présente il faut y aller.
Parfois quand on se brûlait, la peau s'en allait, c'était dangereux. On risquait notre vie, il y avait les allemands à côté de l'usine. On allait leur piquer du charbon mais ils nous tiraient dessus les allemands. On a jamais été copains avec eux, c'était eux les caïds et nous on courrait.
A quatorze ans il fallait bien manger, on était quatre à la maison. Ma sœur était trop jeune pour travailler, ma mère était malade, mon père il a travaillé un peu dans la maçonnerie et moi je faisais les ampoules... Enfin, j'aidais. Il ne fallait pas en faire tomber une seule parce que si on les cassait on nous engueulait.
Après la verrerie j'ai travaillé quelques mois en maçonnerie puis j'ai fait l'armée. Mon service militaire a duré vingt-huit mois, j'avais vingt et un ans. J'ai été envoyé au Maroc, en Tunisie et en Algérie. Il y avait des entraînements très durs tous les jours mais si c'était à refaire l'armée, je le referais. Je n’aurais jamais pu voyager et voir tous ces pays si je n’avais pas fait l'armée.
Après j'ai travaillé trois mois dans le bâtiment, histoire de me faire un peu d'argent. J'ai ensuite quitté le bâtiment parce que c'était très dur et j'ai réussi à trouver du travail chez Renault, pas longtemps après. J'y suis resté pendant trente ans ! On fabriquait des moteurs à la chaîne, comme dans le film «Les Temps Modernes» de Chaplin. On était parfois chronométrés et on avait un nombre de pièces minimum à faire par jour.
Les jeunes, faites de longues études et ne travaillez pas dans la maçonnerie. »

