La nuit du cristal
« En 1939, les Juifs sont partis durant une nuit, en abandonnant leur magasin, pour ne pas tomber aux mains des allemands. Tout à disparu en une nuit et personnes n’a jamais su où ils sont partis. On appelle cette nuit « la nuit du cristal ». Je connaissais une des familles de Juifs qui est revenue plus tard, je ne crois pas qu’ils soient encore en vie. C’était des gens très bien, moi je ne critiquai jamais, je disais toujours chacun sa religion. Ils avaient de beaux magasins où on pouvait acheter le linge dont on avait besoin. Ils ne nous ont jamais causé de soucis à propos du prix, au contraire, quand on n’avait pas la somme exacte, il nous disait de prendre quand même ce qu’il nous faillait.
Je connaissais deux magasins dont les propriétaires faisaient une tournée, le dimanche matin, avec des hottes contenant du linge, des taies d’oreiller et des plumeaux, à la campagne parce qu’il n’y avait pas de magasin de literie. Ils étaient contents d’avoir une boulangerie, mais ils n’avaient pas de boucherie. Alors un boucher faisait une tournée en voiture avec de la viande de la saucisse et tout ce qu’il fallait. Il préparait des commandes pour les habitants et le matin il allait les livrés. Il partait jusqu’à Anglos. Là bas, il y avait une belle maison de retraite dans laquelle j’allais rendre visite à de personnes. Le bâtiment est fait de pierres roses et de gravure. Et à côté, il y avait une église.
Il y avait des cars qui faisaient la tournée des villages et lorsque quelqu’un tombait malade chez nous, il fallait aller jusqu’à Sélestat, car c’est là où se trouvé l’hôpital. Je me souviens qu’il y avait des marches en marbre où des clochards s’étaient installés. Personnes ne pouvaient ni entrer ni sortir. Un des clochards a essayé d’ouvrir une bouteille et l’a laissée tomber. Il y avait une petite fille de six/sept ans qui voulait monter, qui est tombée et qui saignait. Alors la mairie a appelé l’autocar pour l’emmener à l’hôpital à Sélestat. La petite ne s’en est jamais remise, elle boite toujours.
A cette époque, j’étais chez les bonnes sœurs. Je me souviens qu’un jour les allemands sont venus et ont battu les bonnes sœurs. Ce matin là, on a crié comme des enfants, mais cela ne les a pas arrêtés, c’étaient de vrai sauvage. Finalement, ils ont chassé les sœurs de leur couvent. Elles ne sont plus jamais revenues.
On a tellement appris avec les sœurs, on a appris à tricoter, à broder et de jolies chansons. »


