La joie de vivre de Loulou
Bonjour mes mignonettes ! (rires)
Est-ce que vous pouvez vous présenter ?
Je suis née en 1922 à Marseille et j’y ai toujours habité d’abords à Saint Barnabé, puis à Castellane. J’habitais avec mes parents. Je suis fille unique.
J’étais professeur de piano. J’ai aussi accompagné des chanteurs. Puis j’ai eu un magasin pendant une dizaine d’années, une mercerie-bonneterie, qui s’appelait « Marie-Luce ».
J’ai fait de la gymnastique en salle, deux heures par semaine pendant trente ans, et de la danse, aussi car j’aime danser, ah ça oui ! Je faisais beaucoup de piano : je suis entrée au conservatoire dès l’âge de dix ans et je faisais jusqu’à six heures de piano par jour.
J’ai été mariée deux fois. Malheureusement mon deuxième mari est mort. Mon Jojo !
Je ne voulais pas d’enfant, je n’ai pas trop l’âme maternelle. Je ne suis pas vraiment attirée par le fait d’avoir des enfants. En fait, on n’était pas attirés, ni l’un ni l’autre.
En revanche, les jeunes aiment ma franchise, sans doute, mon allure, mon allure jeune : j’aime danser, j’aime la vie. Je n’ai pas vieilli là dessus !
Qu’est-ce que vous pensez de la jeunesse aujourd’hui ?
Je ne sais pas … Il faut que vous soyez prudents ! N’écoutez pas ce que disent les uns et les autres, et soyez honnête avec vous-même. Si vous avez des convictions politiques, vous les poursuivez. Moi, à 18 ans, j’étais gaulliste. J’avais 18 ans et je n’ai pas changé, moi j’ai mes convictions, pour ça il ne faut pas m’emmerder !
Quand j’étais jeune, j’avais une mère qui était très sévère et je ne sortais pas vraiment. Mais quand la Libération est arrivée, on allait danser le Charleston avec les Américains dans des soirées, avec mon amie Edith (Edith, c’est la meilleure amie de Loulou depuis l’âge de 18 ans. C’est aussi la mère de son filleul.)
Vous êtes bien maintenant, c’est une belle période pour vous les jeunes. Parce que je me rappelle pendant l’occupation, il y avait le couvre feu. On courrait pour rentrer à la maison parce que les Allemands, vous savez, ils ne nous ménageaient pas. Il fallait rentrer avant 18H ou 20H. Et si les gens ne rentraient pas, on les arrêtait et ils allaient en camp de concentration. Les Allemands étaient impitoyables. Il y avait aussi le rationnement, il fallait trouver de quoi se nourrir et de quoi s’habiller…
Par rapport à notre thème, qui est l’engagement, vous vouliez nous parler de la guerre, et du fait que vous étiez gaulliste. Comment présenteriez-vous le personnage de De Gaulle ?
C’est un homme et un citoyen libre. Je vais pleurer … ! Elle pleure, émue. Il a fait face à l’occupation, et il ne s’est pas dégonflé. Il avait des convictions, c’était un patriote. Je l’aimais pour ça. Et je suis toujours gaulliste.
Comment pourriez-vous définir votre engagement ? Avez-vous fait parti de groupes politiques ou … ?
Non, tout ça, c’était mes convictions personnelles et je gardais mes opinions pour moi. Maintenant, je n’ai pas changé d’idées. J’ai été fidèle jusqu’au bout.
Quand avez vous commencé à être favorables à ces idées ?
Il y a longtemps, j’étais encore jeune !
Est-ce que vous vous rappelez de l’appel du 18 juin que de Gaulle avait lancé pour appeler les Français à la résistance ?
Oui, c’était en 1940, j’étais avec mes parents. On avait écouté l’appel à la radio.
Il parlait de liberté et il était pour la France libre. Et comme je suis gaulliste, je me suis tout de suite dressée !
Qu’est-ce que vous avez fait ?
Oh bah rien ! Qu’est-ce que j’aurais pu faire! J’étais solitaire, vous savez !
Mais pendant l’occupation, les Français ont fui. Moi je n’ai jamais fui, je n’ai pas eu peur, je suis gaulliste.
Qu’est-ce que vous avez ressenti quand il a été élu président en 1958?
Ah, j’étais contente !
Mais je n’ai pas fait la fête, non ! C’était juste par conviction politique. Mais j’étais très contente. C’était le début de la 5ème République, la France libre !
Qu’est-ce qui a changé entre la 4ème et la 5ème République ? Avez-vous vu beaucoup de changements ?
Oh, beaucoup de changements … Oui, il y a eu des changements mais pas vraiment de changements politiques …
A l’époque, vous partagiez votre opinion sur De Gaulle avec vos amis, avec Edith par exemple ?
Non pas trop. Je suis assez indépendante, je gardais ça pour moi.
Est-ce que vous pouvez ajouter quelque chose sur la guerre à Marseille, sur cette période de votre vie ?
Heureusement qu’on l’a eu (de Gaulle). Il nous donnait de l’espoir. L’espoir de l’indépendance. J’admirais ses idées, c’est tout.
Aujourd’hui, en tant que personne âgée, est-ce que vous êtes bien ? Qu’est-ce que vous pensez de la place des personnes âgées dans la société ?
Ici, je suis bien avec les « amortis » (Loulou appellent les personnes âgées les « amortis », elle trouve ça plus rigolo).
Vous savez, dans la vie il faut être droit. Il faut se dresser, et dire ce qu’on pense. Moi, je suis comme ça.
Est-ce que vous avez quelque chose à rajouter, une petite anecdote peut-être, ou un souvenir marquant de votre enfance, de votre jeunesse, de maintenant, un voyage … ?
Un voyage, oui, j’ai fait une croisière en bateau en Méditerranée.
Mais malheureusement mon Jojo est parti, sinon je ne serais pas là. Elle nous montre une photo. Il était beau, un grand blond aux yeux bleus, d’origine bretonne. Il était charismatique. Il savait parler trois langues.
Maintenant, c’est fini vous savez. Ma vie se termine. Je suis ici, je suis bien, et je ne me plains pas. Je me sens pleine de vie, heureuse, contente d’être ici. Il y en a beaucoup qui ne pourrait pas en dire autant.
Je vous remercie d’avoir pensé à moi et d’être venu me voir.

