La guerre puis ma vie
Hélène D. est née en 1922, elle bénéficia d’une enfance heureuse. Elle a un frère dont elle est proche et est arrivée à Saint Étienne à l’âge de 8 ans. Elle fit une scolarité normale, obtint le bac et se dirigea alors vers l’enseignement. Elle débuta sa carrière en effectuant des remplacements. Elle mit l’accent sur le fait qu’elle eut beaucoup de chance car sans formation spécifique elle put passer du statut d’élève à celui d’enseignante grâce à des amis de ses parents. Elle se souvient alors que son premier poste était à la campagne et que durant sa première année d’enseignante elle fit de très nombreux remplacements. Son deuxième poste se déroula à Farnay, elle s’occupait d’une classe unique avec des élèves de 6 à 14ans où les nombreux garçons côtoyaient la présence d’une seule fille. A cette époque Hélène D. logeait chez le seul épicier du village. Passionnée et investie par son travail, elle y passait le plus clair de son temps.
Elle tient à revenir sur une date marquante, en 1944 l’année où Saint Etienne fut bombardé. C’était par une belle journée de Mai, des avions sillonnaient le ciel et on pouvait entendre le bombardement de Lyon. En rentrant de sa pension, elle apprend que Saint Etienne a été bombardée, notamment les quartiers où résidaient ses parents, son fiancé et autres proches. On imagine alors l’angoisse liée à la peur qu’ils leurs soient arrivés malheur renforcée par l’impossibilité d’avoir des nouvelles. Et c’est seulement en fin de journée qu’elle apprend, soulagée, que tout son petit monde est sain et sauf. Le lendemain de cette journée de stress intense, son fiancé vient la visiter en bicyclette et c’est avec une grande précision et un amusement non dissimulé qu’elle se revoit rentrée à Saint Etienne sur le porte bagage de son promis. C’est en 1945 qu’elle se maria et s’installa sur Saint Etienne. Elle fut titularisée dans son travail en 1946, et remercie ses collègues et formateurs pour leurs conseils avisés lui ayant permis d’apprendre correctement son travail en étant formée sur le tas. Son fils naquit en 1947, elle souligne alors les difficultés d’une femme qui travaille tout en élevant un enfant car à l’époque les facilités étaient moindres, les tâches ménagères demandaient beaucoup plus d’efforts et de temps.
Elle revint, ensuite, sur la vie à saint Étienne durant la guerre, les expériences de rationnement où l’on cherchait alors à se débrouiller comme l’on pouvait pour mettre un peu de beurre dans les épinards faisant les beaux jours du marché noir. La ville était censée être une zone libre et pourtant des allemands la traversaient. C’est avec émotion qu’elle mentionna le bombardement de l’église St François. C’est ici que périt une de ses amies qui était venue se réfugier dans la crypte, écrasée par une dalle. D’autres personnes décédées de sa connaissance étaient également à déplorer. Sur sa vie, elle dira que son métier d’institutrice fut pour elle source de nombreuses satisfactions, d’une richesse intarissable. Tout ceci malgré les moments difficiles où certaines élèves entraient quasiment en lutte contre leur enseignante afin d’éprouver les limites et la solidité mentale de leur institutrice… Hélène D. eut une vie bien remplie jalonnée comme tout un chacun par des épreuves et ennuis comme la typhoïde de son fils quand celui-ci avait 14 mois ou encore des phlébites à répétition. Cependant, elle aimait les weekends avec sa petite famille à se promener à pieds dans la région, ou encore à prendre le tramway de Saint Étienne à Saint-Chamond. Ils allaient visiter la famille et les amis. Elle mettra l’accent sur le fait que les familles étaient plus proches les unes des autres, c’était une vie où les gens se plaisaient à se rencontrer et ce fréquemment. Ils faisaient de nombreux pique-niques ainsi que des voyages aussi. Du Bessat durant les 2 mois de vacances estivales à la Bretagne, aux alpes en passant par le sud…
Curieux et avides de tout, ils ne se sont pas arrêtés aux frontières de notre beau pays, ils ont aimé à découvrir d’autres peuples et coutumes éloignés des nôtres. En effet, ils ont voyagé et ont pu explorer des pays comme l’Autriche, le Canada, l’Italie, la Hollande mais encore l'Égypte et la Chine. Caravaniers, elle se remémora une frayeur qu’ils eurent un jour où ils furent accidentés par une voiture italienne. Madame D. elle voltigea et s’en sortit avec un traumatisme crânien et son fils, deux incisives arrachées. Elle fut hospitalisée 15 jours à Aoste dans des conditions sommaires, puis à la sortie, en convalescence pendant 6 mois car victime d’une lenteur d’idéation venant altérer sa pensée.
Elle et son mari bénéficiaient des distractions d’une mère et d’un père de famille normaux. Ils aimaient lire et partageaient une passion commune pour la minéralogie. Ils partaient à la recherche des trésors de la terre sous forme de pierres, de minéraux et autres fossiles. Hélène est entrée aux Jardins d’Arcadie pour son mari qui était malade et qui est décédé il y a de ça 8 années. Suite au décès de son mari elle décida quand même de rester ici où elle lia de belles amitiés et s’est fondée une sorte de deuxième famille. Un cocon confortable où elle aime à se retrouver avec son groupe d’amies autour d’un scrabble, ou d’un gâteau pour bavarder et échanger. Elles ont même il y a de cela 2 ans effectué un séjour en Auvergne sur la terre natale d’une des amies, un séjour inoubliable avec moult activités dont Madame D. s’émerveille encore juste en repensant au bonheur offert par ses quelques jours.
A bientôt 89 ans on ne peut qu’être charmées et admiratives devant cette dame qui demeure pétillante et dynamique et qui vient tourner en dérision les préjugés et stéréotypes au sujet de nos « aînés ». Au niveau familial, son fils a eu 2 filles et aujourd’hui la famille s’est encore agrandie puisque celle-ci compte 4 arrières petits enfants, 2 garçons et 2 filles. Elle analyse avec justesse que notre génération a trop de facilités et ne sait pas l’apprécier. A l’époque on savait être simple et se contenter de peu.
En conclusion, elle dirait que sa vie a été une longue et merveilleuse aventure. Parfois hélas il a fallu se battre avec courage dans des moments extrêmement difficiles mais soutenue par une foi inébranlable et avec l'appui de son mari, elle a toujours pu faire face. Ces difficultés oubliées, il lui reste aujourd'hui, tous les souvenirs qui laisse un très grand bonheur et qui viennent adoucir sa vieillesse.


