La guerre a été une période très difficile

Un témoignage de Cécile MAILLEFERT,
né(e) le 28 avril 1923
Mémoire recueillie à

La guerre a été une période très difficile où il y a eu beaucoup de changement. J’avais une vingtaine d’années quand elle a été déclarée. Nous l’avons appris par les journaux et la TSF, il n’y avait pas la télévision à l’époque.
Un évènement m’a énormément marquée. J’étais à Saint Dié, situé dans la zone interdite, dans les Vosges et la ville était bâtie des deux côtés de la rivière la Meurthe. Les allemands nous ont fait sortir de chez nous et nous ont emmené de l’autre côté de la rivière. Nous ne savions pas ce qu’ils allaient faire. Ils ont mit le feu de l’autre côté aux maisons, aux bâtiments, ont dynamité la cathédrale romane.
Avec mon frère et ma sœur nous sommes allés chez notre grand-mère qui habitait à Macon mais il y a eu une évacuation et nous sommes partis dans une voiture jusqu’en Corrèze qui se trouvait en zone libre. Nous y sommes arrivés après pas mal d’aventures et de difficultés. Nous avons dû nous présenter à la préfecture en leur disant que l’on était réfugiés. Ils nous ont désigné une habitation. Là nous ne pouvions rien faire à part essayer de nous nourrir.

Nous y sommes restés jusqu’à l’armistice et nous sommes revenus avec mon frère et mon oncle à Macon, péniblement par faute de moyen de transport. Ma sœur avec ma grand-mère sont venues plus tard dans une autre voiture. J’ai fait une demande à Lyon pour une école de puériculture. J’y ai étudié pendant un an, avec des stages dans les hôpitaux, c’était bien. En même temps j’ai passé la deuxième partie de mon bac.
Je voulais retourner à Epinal mais c’était en zone interdite. Les allemands s’étaient appropriés la zone et on avait beaucoup de mal à entrer ou sortir. La ville était normalement interdite aux Français. Nous ne pouvions correspondre qu’avec des cartes postales toutes préparées, sans enveloppe pour qu’ils puissent lire ce qu’il y avait d’écrit. On ne marquait dessus seulement que nous étions en bonne santé. Il y avait aussi la zone occupée où l’on pouvait rentrer avec un laisser passer, et la zone libre. Mon frère est donc parti à Epinal le premier et est bien arrivé. J’ai fait le voyage à mon tour dans un train bondé d’Allemands. La gare était elle aussi bondée d’Allemands et toute une partie de la ville était détruite.
J’ai dû retourner à Saint Dié une autre fois et je suis restée longtemps à la gare pour avoir un train. J’ai enfin trouvé un train mais il était aussi plein d’allemands et partait directement pour l’Allemagne. J’ai dû sauter du train dans la campagne. J’ai trouvé une ferme pas très loin et j’ai expliqué aux gens qui j’étais. Ils se méfiaient et avaient peur que je sois Allemande. Ils m’ont quand même proposé de garder ma valise. J’ai fait 7 ou 8 kilomètres pour rentrer et je suis retournée chercher ma valise après. J’ai logé chez une dame qui hébergeait également un allemand qui cherchait à ne pas retourner en Allemagne. Nous avons bien sympathisé. Il s’était fait faire de faux papiers et avait changé d’uniforme. A l’époque les allemands réquisitionnaient tous les jeunes de 16 à 19 ans pour les envoyer travailler en Allemagne. On leur demandait d’apporter une pelle et une pioche. L’allemand que j’avais rencontré était officier, médecin et détestait Hitler. Il a donc fait des faux certificats médicaux pour les jeunes qui ne voulaient pas partir. On est aussi allé jusqu’à Strasbourg, considérée à l’époque comme ville Allemande pour aller chercher des gens qui voulaient fuir l’Allemagne. Nous allions en voiture jusqu’à la frontière et nous faisions 20 km à pieds pour revenir. On les ramenait à Saint-Dié. Nous nous sentions tellement concernés par ce qu’il se passait…

Je suis allée à l’école dans la ville d’Epinal, ma ville natale. J’allais à l’école primaire en face de chez moi. J’aimais bien l’école mais cela dépendait des classes et des maitresses. J’aimais beaucoup le français mais pas les maths. A l’école primaire nous n’avions qu’une institutrice. Nous ne portions pas d’uniformes et les classes n’étaient pas mixtes. Pendant les récréations nous réalisions quelques fois des petites scènes de théâtre que nous n’avons finalement jamais jouées devant les autres. Je faisais partie des Guides de France, c’était comme les scouts mais pour les filles. Nous faisions des bonnes actions.
Ensuite je suis allée au lycée et il fallait presque traverser toute la ville à pieds pour s’y rendre. En hiver, quand il y avait de la neige, nous y allions en luge. Je n’ai pas passé le certificat d’études mais l’examen d’entrée en sixième. J’ai passé un bac littéraire. Cela se faisait en deux ans et nous le passions en deux parties, une partie la première année avec beaucoup de matières et la deuxième partie la deuxième année consacrée aux mathématiques et à la philosophie. J’ai aussi passé une licence de psychologie. Je n’ai pas eu l’occasion d’exercer à cause de la guerre. En même temps que la deuxième partie du bac j’ai fait une demande dans une école de puériculture. J’ai beaucoup aimé ça et surtout de travailler dans des hôpitaux. Après le bac j’ai fais des études d’assistante sociale. Un an à Besançon et deux ans à Nancy.

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