« La Garonne : protéger et développer un patrimoine »
Michel Hilaire est conseiller général et premier adjoint au maire de la commune de Saint Pierre d’Aurillac. Après une carrière dans l’enseignement publique et la vente, il a été élu maire de cette même commune.
C’est à la mairie que Michel nous reçoit :
« Le commerce est en chute libre depuis une cinquante d’années, je ne l’ai donc jamais connu. C’est suite à un choix politique que le commerce fluvial a décliné. Dans un monde où tout va vite la Garonne était une voie relativement lente. C’était une activité économique qui polluait peu. J’ai tout de même connu les dernières péniches qui transportaient du blé, du pétrole et quelques fruits et légumes. Je suis né avec le début de la disparition des activités en bords de Garonne. Auparavant les plaisanciers descendaient par la Garonne ou le Canal pour rejoindre la Méditerranée et inversement. Aujourd’hui, c’est chargé sur un camion que leur bateau rejoint la mer. Le dragage a fait baisser le niveau de l’eau d’un mètre cinquante et les bateaux à marée basse ne pouvaient plus passer car ils touchaient le fond. Cela a été une catastrophe écologique. Ils ont extrait le gravier de la Garonne prétextant son faible coût. Quelques années plus tard, les impôts locaux financent encore les dégâts qui ont été causés. Ce fleuve donnait du travail et bien que parfois précaire, il nourrissait les « locaux ».
La plus grosse inondation que j’ai connue est celle de 1981. La montée des eaux a été telle que l’eau ressortait des égouts de l’autre côté de la rue. À l’époque on savait que l’eau risquait de monter. On ne faisait pas n’importe quoi. Ne restaient au rez-de-chaussée, qu’une table et ses quatre chaises. On ne collait pas non plus de tapisserie au mur mais on les recouvrait d’enduit. Aujourd’hui on ne se préoccupe pas des crues car on se repose sur la bienveillance des barrages et des assurances. Il y a donc plus de dégâts lors de la montée des eaux. J’ai tiré une leçon de ces nombreuses inondations. Lorsque j’ai construit ma maison, j’ai installé le chauffage central à l’étage. À l’époque on connaissait mieux la Garonne, on était préparé. »
Michel Hilaire continue son récit d’un ton plus marqué :
« La Garonne avait plusieurs fonctions. C’était une voie de communication, elle servait au transport des marchandises et des personnes. C’était également un moyen de se nourrir car elle était gorgée de poissons. Il n’y a pas si longtemps que ça, les plus démunis s’y lavaient et on s’y rafraîchissait après des journées de dur labeur. L’évolution de la Garonne a modifié la faune et la flore. En effet, ces dernières années, on observe une quantité croissante de sandres, de silures, de cormorans et de ragondins. Ce dernier cause d’ailleurs beaucoup de dégâts. Certains pêcheurs ainsi que la communauté de commune des Macariens ont entamé une campagne de destruction car les ragondins creusent des galeries, ce qui affaisse les digues. Il y a une vingtaine d’années, cet animal n’existait pas. Il est arrivé des Etats-Unis où il était réputé pour sa fourrure. Ces modifications sont aussi la cause principale de la disparition des goujons, poissons vivant dans une rivière très oxygénée donc dans un milieu sain. Cependant, on observe encore des migrateurs tels que les martins-pêcheurs, quelques hérons et parfois même des hérons blancs. Des poissons migrateurs, comme l’anguille et l’alose, sont menacés par la pollution et les barrages, et non par la pêche! Plus jeune je participais à quelques concours de pêche. Ma passion est née suite à l’ouverture d’un magasin dans lequel on y trouvait bon nombre d’articles de pêche. Je dédiais un peu de mon temps libre aux enfants du centre de loisirs pour les initier au plaisir de la pêche. »
« Les trois derniers maires et moi-même avons tenté de réhabiliter la Garonne en effectuant des travaux sur les berges, pour y accéder de nouveau. Tous les bords de Garonne ont été remembrés. Avant c’était un tas de ronces, aujourd’hui on a une belle forêt. En tant que conseiller général, j’appuie l’idée d’une voie verte qui relierait Castets à Meilhan. On ne peut malheureusement pas tout rénover, c’est hors de nos moyens. Je regrette le Pont Eiffel. J’aurais aimé qu’il ne soit pas détruit. Airbus a fait passer deux énormes bateaux. La compagnie a décidé de raser un des piliers qui gênait leur passage. Aujourd’hui il ne reste donc plus qu’une pile. J’ai l’espoir qu’un jour nous réussirons à reconstruire une passerelle sur cette même et unique pile. À La Réole, Cadillac ou encore à Bordeaux il y a deux ponts : l’un grand et l’autre plus petit. Le nôtre a lui trois fonctions. D’abord celle de faire transiter les camions qui arrivent de l’autoroute, les voitures mais aussi les piétons. C‘est un cas unique en terme de danger ! Il m’est arrivé, par curiosité, de rester à regarder le passage sur ce pont et je me suis rendu compte qu’il y a en moyenne une moto, un piéton ou un vélo qui passent par minute. Cela fait une moyenne de soixante passages à risque par heure. Les piétons sont souvent des gens démunis. Je les vois souvent passer avec leurs sacs de courses pleins. Je veux plus de justice sociale, c’est pour cela que je fais de la politique ! Ecologie et sécurité sont les maîtres mots de cette demande de nouveau pont. »
erci à Michel Hilaire pour le temps qu’il nous a accordé.

