La Garonne a rytmée mon enfance

Un témoignage de Roger Léglise,
né(e) le 14 juillet 1931
Mémoire recueillie à


Mr Léglise est né le 14 Juillet 1931 à Saint Pierre d’Aurillac. Ravi d’avoir été sollicité pour participer au projet « Passeurs de Mémoire », Roger est arrivé plein d’entrain :


« Dans le temps, la Garonne servait au transport de marchandises : vin, céréales et produits pétroliers. En temps de guerre, chaque semaine, accompagné de mes parents, je partais au port pour acheter du poisson fraîchement pêché. La Garonne était magnifique ; son eau était claire et ses plages de gravier d’un blanc immaculé ! C’était très agréable. Tout le monde pêchait. A chacun de nos moments libres, nous nous y retrouvions, mes amis et moi, pour déjeuner, pêcher, rêvasser. La Garonne nous a beaucoup apporté pendant la guerre, c’était un lieu de sérénité où l’on oubliait nos soucis le temps d’une promenade. A cette époque, nous n’avions pas l’eau courante ; alors, chacun muni de sa savonnette, allait prendre son bain dans le fleuve. Cet endroit a rythmé mon enfance et mon adolescence. C’était le lieu propice aux rendez-vous de nos amourettes ! A l’école, on apprenait les fleuves français, cela faisait partie de notre patrimoine. Aujourd’hui on se décharge peu à peu de son entretien. »


Nostalgique, Roger reprend :


« Malheureusement, avec les nouveaux plans d’urbanisme, tout a été détruit. Les dragages ont commencé dans le but de construire les autoroutes. On pouvait voir les chalands munis de grandes pelles remonter le fleuve. Ils n’ont pas réussi à arriver jusqu’à Saint Pierre car on les en a empêchés. Ils ont même eu le toupet de rentrer jusque dans les terres ! Aujourd’hui les berges s’effondrent et le fleuve détourne son cours. Il me semble maintenant difficile de revenir en arrière, et même si on le pouvait, on ne retrouvera plus jamais la Garonne d’antan. Il y avait également un pont qui reliait Langon à Saint Macaire mais avec l’arrivée du nouveau pont, on savait qu’il était déjà condamné. On s’est pourtant battu pendant plusieurs années, becs et ongles, en vain ! »


Le ton grave, il continue :


« J’ai connu plusieurs crues, et pas des moindres ! La plus marquante a été celle de 1951. J’avais vingt ans et je venais de rentrer au régiment toulousain. Après avoir quitté l’école à quatorze ans et avoir obtenu mon CAP boulanger, j’ai dû partir pour effectuer mon service militaire. Un jour de permission, lorsque je suis rentré, j’ai été surpris et impressionné de voir certains lavoirs céder sous la pression de l’eau. Quelques années plus tard, je suis rentré au service de santé à l’hôpital de Cadillac, et figurez-vous qu’en une nuit, la D 10 fut submergée ! Je n’ai donc pas pu aller au travail et ce pendant une semaine. Les habitants du port de Saint Pierre, eux, étaient mieux organisés, ils avaient fait un petit chemin le long des rochers, avec une échelle au bout pour pouvoir échapper aux eaux. La Garonne n’a pas seulement connu des inondations, mais également des gelées. Dans l’hiver 1956, la température est descendue jusqu’à moins 15 degrés. Le vin gelait dans les barriques et on pouvait voir des blocs de glace entiers flotter sur le fleuve. »


C’est avec quelques bons souvenirs qu’il poursuit :


« Les bords de Garonne étaient un espace de convivialité. J’aimais pêcher, à vrai dire bon nombre d’habitants pêchaient. Tous les amis se donnaient rendez-vous accompagnés de leur femme. Je me souviens des concours de Mongauzy. On partait tous dans un même autobus et on pique-niquait sur place. Les concours de pêche se déroulaient principalement l’été. Nous pêchions l’alose, l’esturgeon et parfois quelques saumons. J’ai participé à quelques concours. Une fois, je suis même arrivé troisième ! La pêche à la civelle était très spectaculaire. Je m’étais fabriqué un petit tamis pour les attraper puis je les ébouillantais pour les donner aux canards. Aujourd’hui cela vaut de l’or ! La Garonne rythmait la vie du village ».



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