« La chose la plus importante de ma vie : être Soeur »
Je suis rentrée au noviciat mais mes parents auraient voulu que je choisisse un lieu plus près de chez eux. A 20 ans, j’avais déjà cette vocation d’aller vers les jeunes.
J’ai préparé ma licence d’anglais à l’Université Catholique de Lyon. Au cours de cette licence, je suis allée à Londres pour m’exercer.
En tant qu’Ursuline, j’ai commencé à enseigner à 22 ans. J’enseignais à Lyon aux petits chanteurs de Saint-Marc. J’en ai un mauvais souvenir car ma chambre était à côté d’une classe de mathématiques, il y avait donc beaucoup de bruit. Au début je croyais que je serais tranquille pendant les récréations mais, en réalité, c’était des temps réservés aux répétitions des solistes. En fin de compte les petits chanteurs sont devenus célèbres et je me suis rendue compte qu’il ne fallait jamais juger sur une première impression !
En août, on m’a envoyé à Dignes qui à l’époque était une ville très pauvre avec un seul lycée, une seule école catholique… Mais le climat était excellent, nous avions 300 jours de soleil par an. Quand je suis partie à Dignes, on m’a demandé d’apporter un édredon. Une fois là bas un taxi m’attendait. Nous avons attaché l’édredon sur le toit de la voiture, mais il y avait tellement de vent que je devais le tenir pour ne pas qu’il s’envole !
Là-bas, j’ai donc enseigné l’anglais et le catéchisme. J’y ai vécu l’une de mes plus grandes joies. On m’avait confié les étages 3 et 4, les plus pénibles. Ces jeunes filles avaient tendance à ne pas se laver, à se coucher très tard. Pendant les week-ends, je me démenais pour trouver des occupations à celles qui ne rentraient pas chez leurs parents. Et je me démenais tellement qu’un jour en rentrant d’une de ces journées, je me suis endormie assise sur une chaise pendant que je surveillais les douches. Mes élèves, par sympathie, m’ont mis une couverture sur les genoux pour ne pas que j’aie froid.
Et puis, un jour, j’ai reçu un courrier qui m’annonçait que j’étais envoyée dans les Landes pour y être Supérieure. J’ai voulu refuser mais on ne m’a pas laissé le choix. Personne ne devait apprendre que je partais, j’ai donc fait mes bagages la nuit. J’ai posé mes affaires dans le hall, quelqu’un les a vues mais par chance il n’y avait pas mon nom dessus. La personne m’a demandé : « Mais à qui sont ses affaires ? ». Je lui ai répondu : « Il faut croire que quelqu’un part évangéliser les martiens » !
Je suis donc devenue supérieure à Tartas. J’y ai mis en place une bonne pédagogie: chaque professeur avait son local et chaque élève devait aller voir chaque enseignant pour découvrir les devoirs des 15 prochains jours.
Malheureusement un jour j’ai reçu une lettre qui m’annonçait que la maison allait fermer. Des Sœurs en sont mortes de chagrin car elles avaient toujours vécu là depuis leurs propres scolarités. J’ai appris plus tard que le curé de Tartas avait repris les lieux pour en faire un collège.
Ensuite, je suis partie à Angers faire ma licence de théologie (je l’ai obtenue avec Mention Bien en 1981). On m’a proposé de poursuivre en maîtrise mais j’ai refusé car je devais aller aider à fonder la paroisse Saint François de Molitor à Paris dans le 16ème arrondissement. Étonnement, c’était l’arrondissement le plus riche de Paris, mais c’est l’endroit où j’ai vu le plus de misère. J’y ai rencontré le Cardinal Lustiger qui à ce moment-là était évêque d’Orléans.
Dans cette paroisse, je m’occupais des SDF, des jeunes drogués, des travestis, des prostituées. J’y ai rencontré une jeune fille de 23 ans, Michelle, une lyonnaise qui avait quitté sa famille pour venir à Paris, et qui vivait dehors dans des cartons. Je lui ai suggéré d’aller voir un médecin en qui elle avait confiance pour l’aider. Il y en avait un à Saint-Etienne. Michelle a fait la manche pour payer le train aller-retour, elle avait même assez pour me payer le trajet. Malheureusement ce jour là, j’avais une réunion et je ne pouvais donc pas l’accompagner et elle n’a pas voulu y aller seule. J’ai appelé le docteur en question qui m’a donné l’adresse d’un collègue à Paris. Le collègue ne pouvait accueillir que les patients qui avaient des papiers de sécurité sociale. Hélas Michelle avait tout jeté dans la Seine pour se couper avec la société… Finalement Michelle est partie en Ardèche et m’a laissé un magnifique conte dactylographié, que j’ai malheureusement perdu depuis.




