« Je suis bien restée vingt-cinq ans à la Croix Rouge »

Un témoignage de Yolande (Evry) M.,
né(e) le 8 novembre 1923
Mémoire recueillie à

J'ai travaillé à la Croix Rouge (CR) et j'allais à la pêche aux renseignements. C'était à celle qui apportait le plus. On avait beaucoup de respect pour la personne qu'on interrogeait. Je devais avoir, je ne sais pas, dix-huit ans. C'était dans le même village que j'habitais. C'était un gros village, une petite ville et là, j'ai trouvé, mon, « mon Eldorado ». En rendant service aux gens, on ramassait du linge et on le nettoyait et après il y avait des ventes, on ne vendait pas beaucoup! Mais, quand on ne trouvait pas à le vendre, on le donnait. Qu'est ce qu'on allait faire de ce linge qui était déjà mis et remis par les gens? Parce que les gens quand ils vous donnent quelque chose, ce n’est pas neuf, alors fallait quand même les mettre en état, donner quelque chose pas déchiré, pas sale! Donc on le donnait à détacher, on le donnait surtout à coudre s'il y avait quelque chose qu'on pouvait recoudre, pas tout, parce qu’on ne pouvait pas recoudre n'importe quoi.


On n'était pas rémunéré, c'était bénévole, on avait des jours: trois jours par semaine où on se réunissait comme ça avec quelques personnes, on avait un directeur qui était sévère, parce que quand on a personne qui vous guide, ce n’est pas évident. Et puis, y en avait qui prenaient du linge à la CR et qui le revendaient au marché. Il y avait des gens qui piquaient du linge, qui donnaient même des linges de maison, qui donnaient des draps. Mais ça, je ne l'ai jamais fait! J'ai surtout donné du linge, mais attention qui n'était pas troué, surtout qui n'était pas sali. Il y a des gens qui avaient donné des slips qu'ils avaient déjà mis! Non, ça ne se fait pas! Des slips souillés quand même, non ce n’est pas... non!! On était obligé de jeter, quand on voyait ça dans les sacs. Nous on avait des réunions, où on parlait du linge, ils nous disaient toujours, quand les gens viennent vous proposer du linge, vous discutez un peu avec eux, parce que derrière ce don qu'ils font, il y a peut-être quelque chose qui se cache là derrière, ils vous disent pas tout, ils vont vous donner par exemple du linge d'un monsieur, qui est mort et ça fait du mal de se séparer de ce linge quand vous avez eu quelqu'un. Moi, je vois, mon mari était militaire, il était gendarme. Quand j'ai donné ses tenues, ça m'a fait très mal, très mal. Et pourtant, c'était dangereux que je les garde, et même c'était dangereux que je les donne.


-Pourquoi dangereux?


-Parce que, ces gens- là, ils pouvaient s'habiller en gendarme, et sortir dans la rue... ça peut être très dangereux! Et moi certaines tenues, il a fallu que je les coupe, parce que n'importe qui se serait déguisé avec les galons, un galon c'est sous-lieutenant, deux galons c'est lieutenant, trois galons c'est capitaine, quand vous voyez un gendarme avec trois galons, c'est un capitaine, ce n’est pas n'importe qui! Alors il a fallu les tailler, parce qu'il risquait d'être sur la route et de faire n'importe quoi, d'arrêter des voitures. Vous savez, l'imagination des gens, elle est très fertile. Alors il a fallu faire attention de ne pas laisser trainer.


Et puis, j'ai quitté la CR et c'est là que je suis rentrée ici j'ai dit que je voulais faire quelque chose qui soit utile, utile pour moi et utile pour les autres. Pour moi, c'est utile de rendre service à quelqu'un, moi j'ai été habituée à ça. Alors, ça m'est plus facile de trouver des satisfactions.


Mais qu'est ce que ça m'a apporté?


-Cela vous a apporté humainement?


-Oui, oui !!


Et puis, je vais vous dire une chose, je vous encourage à continuer, parce qu'il y a beaucoup de souffrance, les gens ont beaucoup besoin.


J'ai toujours travaillé là, les gens nous connaissaient. Et là je suis bien restée vingt-cinq ans à la Croix Rouge.


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