J’ai fait toute ma carrière dans une imprimerie
Alors ce que je faisais moi, à l'imprimerie, c'était le premier stade de l'opération, la composition. C'était avec une machine qui s'appelle «La ligne type». Son nom vient de la contraction de trois mots anglais: «lines of types», «lignes de caractères». C'était une machine qui produisait les caractères par ligne et en bloc. Jusque là, jusqu'à la fin du XIXème siècle, tout se faisait encore à la main comme au temps de Gutenberg.
Avec cette technique, la ligne type, c'était la composition au clavier.
Alors là, le claviste, il faisait descendre des petits moules appelés «matrice» en laiton où les lettres étaient gravées en creux. Quand on en avait la longueur suffisante pour une ligne, le claviste appuyait sur une touche spéciale qui embarquait les petits moules dans la fondeuse de la machine.
Dans cette partie fondeuse, le moule recevait une projection de métal en fusion. Une fois l'empreinte donnée, la ligne sortait...C'était d'ailleurs marrant de les voir s'aligner sur le plateau spécial. C'étaient ces lignes là qu'on donnait au metteur en page qui les répartissait dans la page avec les titres. Alors les titres, on faisait encore à la main. On faisait pas tout à la ligne type. C'était impératif pour qu'après ça rentre tout sur la machine à tirer. Les rouleaux passaient dessus etc... Et puis alors, quand il y en avait la valeur d'une page, on continuait notre travail et on faisait une autre page, parce que sur la machine à tirer, on ne tirait pas qu'une page à la fois, il y en avait tout d'un coup quatre déjà, même dans une petite imprimerie comme où je travaillais.
Bien sur maintenant, il y en a des quantités beaucoup plus extravagantes mais le principe de base est resté le même sauf qu'on ne travaille plus au plomb.
Au fond, le travail de la ligne type et du ligne typiste était primordial, mais c'est le premier qui a été balayé avec la révolution informatique puisque maintenant, par exemple dans un journal, le journaliste tape lui même son article, donc il n'y a plus besoin d'intermédiaire de lignes types pour le faire... ça a supprimé tout un pan de la profession.
L'avantage de la ligne type par rapport à la composition typographique mobile, comme au temps de Gutenberg, c'est que ces lignes qui avaient servi, on les récupéraient, évidement, on les nettoyaient parce qu'elles étaient pleine d'encre et on les refondaient, si bien que c'était ininterrompu. C'était pas mal pensé comme système... Alors évidement, des lignes types dans les grands journaux, il y en avait tout de suite 60-80, c'était inouïe quoi.
Ce travail me plaisait, c'est que ça ouvrait des portes, on faisait des trucs formidables. On était quasiment obligé de lire puisqu'il fallait retaper. Et on faisait un tas de choses, un tas de revues...Puis, des livres, il nous arrivait d'en faire aussi de temps en temps quoi. C'était une imprimerie qui était assez branchée catholique. Alors il se trouve qu'on avait imprimé, ça me revient en tête comme ça, le premier cours de théologie en français, parce que jusque là, ça se faisait tout en latin. Il avait donc était imprimé ici. C'était assez intéressant.
J'ai toujours été intéressé parce qu'on me donnait à taper, vous voyez? Et puis alors, j'en saisissais le contenu. Évidement, on peut taper bêtement en alignant des mots sans chercher à comprendre le sens, ou on peut aussi essayer de comprendre ce qu'on écrit. Alors moi souvent, si je repérais quelque chose qui m'intéressait, je reprenais l'article après...
C'est comme ça qu'un beau jour je me suis mis à écrire des articles. J'ai d'abord écrit des trucs d'imagination, des contes, des nouvelles, parce que je ne pensais pas du tout au journalisme à ce moment là. J'ai contacté cette revue là: «l'écho de Savoie» dont le rédacteur en chef était Frédéric Dars. Vous ne le connaissez peut être pas sous ce nom là, mais il est devenu Saint Antonio, un des maitre du roman policier du 20ème siècle. A la fin de sa vie, il y a 10 ans, il paraît qu'il avait eu 200 millions d'exemplaires. C'est drôle parce que moi, à l'époque, évidemment, je ne pouvais pas imaginer un truc pareil, mais je savais qu'il écrivait déjà des bouquins... Il en avait déjà publié quelques uns.
A l'imprimerie, on faisait aussi un hebdomadaire qui s'appelait «la Savoie». Je ne voulais pas collaborer à celui que l'on faisait là bas parce que au démarrage, je ne tenais pas non plus à ce que mon travail d'écriture se sache trop...J'avais même pris un pseudonyme lorsque j'écrivais, un double prénom, je signais «Jean Patrick».
Je contact donc «l'écho de Savoie». Je leur écris en leur disant «Voilà, j'aimerais écrire des petits textes, est ce que vous croyez que je pourrais le faire dans votre revue?». Et on me répond... Je ne sais pas si c'est Dars qui m'avait répondu à l'époque, parce que j'avais aucun diplôme, rien du tout, évidemment...On me dit: «envoyez moi vos papiers, on verra bien.».
Alors voilà comment ça a démarré, et ça n'a plus fini puisque ça dur encore aujourd'hui.
Par contre, pour les journaux, contrairement à mon travail, j'ai changé souvent.
J'ai quitté le premier «l'écho de Savoie», par obligation parce qu'il disparaîssait...
Et là, donc, comme je n'avais plus rien comme support, je me suis mis à collaborer avec celui que l'on imprimait ici, «la Savoie». Toujours avec le pseudonyme de Jean Patrick. «La Savoie», ça allait bien, il prenait bien les papiers mais il ne payait pas. Ils étaient trop pauvres pour payer les collaborateurs alors ça a duré un certain temps.
Après, «l'Essor savoyard» a lancé une édition Savoie. Jusque là, il n'avait qu'une édition Haute Savoie. Alors je suis devenu correspondant de l'Essor, ça devait être dans les années 60 et ça a duré jusqu'à ma retraite de l'imprimerie...
Mais entre temps, j'ai collaboré à des feuilles plus ou moins périodique, à des trucs où l'on savait qu'il n'y avait pas vraiment d'avenir, comme «jeune Savoie».
Et puis bon, à la retraite de l'imprimerie, j'ai était sollicité par «Le Dauphiné» pour faire des comptes rendus de théâtre lyrique d'abord, puisque c'est un petit peu mon truc et puis j'ai continué, j'ai fait un tas de trucs, ça me pousse à m'informer...
Étant donné que je n'avais plus l'imprimerie, j'avais tout mon temps pour collaborer avec «Le Dauphiné».
Voilà, disons que les journaux auquel j'ai collaborer on laissé beaucoup plus de traces que mon passage à l'imprimerie, c'est sûr. C'est beaucoup plus voyant.


