Histoire d’une vie engagée: Partie 6: Une mission humanitaire au Liban
« Vous êtes partie pour une mission humanitaire ? »
Je ne parlerais pas de mission humanitaire pour ces 9 années passées dans un pays où j’avais tout à découvrir.
Partager la vie de tous les jours, créer des liens parfois très solides au sein d’une petite Communauté.
Mon regret : n’être jamais parvenue à apprendre l’arabe.
Officiellement retraitée depuis plusieurs années, je suis partie en même temps qu’une sœur espagnole qui elle aussi avait travaillé en Afrique pendant longtemps en tant qu’infirmière et on avait pour mission de partager la vie des sœurs qui restaient là-bas.
Elles étaient trois : deux libanaises pur-sang et une syro-libanaise qui allaient rester seulement toutes les trois, déjà âgées avec des santés plus ou moins mirobolantes.
On s’est donc retrouvé là, ensemble, à vivre et ça nous a plongées dans un cadre nouveau avec une nouvelle conception de la vie, un nouveau mode de vie, un nouveau monde à découvrir.
Découvrir tout un peuple, qui vraiment est un peuple attrayant, accueillant, généreux, amoureux de la vie.
Il y a une de nos voisines dont le mari est décédé alors que nous étions là-bas qui, quelque temps après pour je ne sais plus quelle fête, me dit « tu vas venir hein ? On va faire la fête ? » ? Je lui dis « tu as du courage quand-même ! » et elle me dit « écoute, il faut vivre et pour vivre il faut faire la fête ! ».
Donc il faut faire la fête pour avoir la force de vivre et ça je l’ai vu après, j’ai pris conscience que nombreux sont les Libanais qui ont réagi comme ça devant les difficultés, en organisant une magnifique fête, quelque chose de très chaleureux pour reprendre le courage de partir et de vivre alors que leur pays connaissait beaucoup de difficultés.
Quand on est arrivé là-bas en 2005 il y avait déjà eu de nombreux assassinats politiques à travers le pays. C’était quelque chose de terrible…
Il y en a encore eu ces dernières années mais avec une recrudescence depuis trois ans.
J’ai connu deux chefs de la gendarmerie, deux officiers qui étaient formidables, des hommes droits qui étaient convaincus de l’importance de leurs rôles, aimés de leurs hommes.
L’un partait tous les matins très tôt à son travail pour avoir le temps de traiter tous les dossiers administratifs qui l’attendaient et pouvoir ainsi être disponible aux gens qui allaient venir lui demander quelque chose dans la journée.
C’était quelque chose d’extraordinaire !
Mais il a fallu qu’il soit tué parce qu’il était dangereux.
Son successeur, c’était pareil, un homme remarquable, un chef qui était très aimé de tous ses hommes.
Il vivait les trois-quarts du temps juste en face de chez nous car on vivait en face d’une des casernes de la gendarmerie et lui aussi venait tôt le matin en essayant de changer de trajet pour limiter les risques.
Mais ils ont trouvé le moyen de monter un piège dans une petite rue pour le tuer.
Combien y-a-t-il eu de journalistes, de politiciens, de militaires, qui ont été tués comme ça parce qu’ils étaient trop dangereux pour les politiciens véreux qui voulaient être les maîtres… ?
C’est un de ces attentats qui a fait que le Liban a été libéré de la Syrie.
Quand les libanais parlent de LA guerre, c’est la guerre qui a duré plus de 20 ans à partir de 1970.
Une guerre qui a été importée et qu’on a prétendu être une guerre religieuse, ce qui n’était pas vraiment le cas.
Ça a été un combat importé au pays, avec des affrontements terribles, mortifères, et qui ont servi même les chrétiens les uns contre les autres.
Ne parlons pas des musulmans les uns contre les autres, depuis des siècles.
Chiites et sunnistes n’arrivent pas à se supporter les uns les autres.
Et on a toujours les mêmes hommes politiques.
Ceux qui étaient chef de guerre il y a trente ans, ceux-là mêmes prétendent renouveler aujourd’hui la vie, renouveler le pays.
Actuellement le Liban est en grande difficulté, ce qui favorise l’appauvrissement.
Les pauvres deviennent de plus en plus pauvres, l’état des gens se dégrade comme dans nos pays et on est témoin de tout ça.
L’absence d’un président élu depuis plusieurs mois ne permet pas une gestion efficace du Pays.
L’afflux abondant des réfugiés complique encore la vie d’un peuple qui ne peut pas faire face.



