Histoire d’une vie engagée – partie 3 : La libération
Mémoire recueillie à Lyon
Partie 3: La libération
« La guerre s’est arrêtée quand vous aviez quel âge ? »
En France, ça s’est arrêté en 44, j’avais 8 ans et la guerre en Europe ne s’est arrêtée qu’un an plus tard.
Le nord de la France n’a été libéré que bien des mois après.
On attendait impatiemment d’être délivré, chacun se battait comme il pouvait là où il était.
Beaucoup ont mis leur vie en danger pour mettre fin à cette guerre, c’était ça… Il fallait se battre…
On sait ce que c’est aujourd’hui encore quand on voit tant de gens affronter la guerre, tant de souffrance totalement inutile.
« Et vous vous souvenez du moment de la libération ? »
Moi je n’étais pas à Paris, mais j’ai eu le récit d’une tante qui y était ainsi que celui de mon papa. Mais le jour de la libération du village mon papa était avec nous.
On était la seule maison du village qui n’avait pas l’électricité, l’ensemble des villageois avaient fait installer l’électricité dans leur maison.
Alors comment on s’éclairait ? Avec de l’eau, une petite couche d’huile et dessus des petits croisillons de cartons sur lesquels étaient fixés une petite mèche et c’était cette petite mèche qui nous éclairait.
On mettait deux, trois verres sur la table et ça nous permettait de voir, de nous éclairer.
Or, un soir on a eu les allemands qui avaient fait un campement devant nos fenêtres et il y avait une voiture sur le capot de laquelle ils avaient mis une carte de la région.
On voyait des motards qui venaient prendre les ordres et qui partaient avec leur moto, il y en avait un autre qui arrivait à ce moment-là et qui criait « nein nein nein nein ! » et à la fin il y en a quand même un qui a pu dire qu’il y avait un passage possible là, ils sont tous partis en trombe, il devait être 9 heures du soir.
C’était au mois d’août donc la nuit venait tard et à peu près une heure après on a entendu du bruit.
On était en train de manger parce que mes parents n’avaient pas souhaité qu’on se mette à table pendant qu’on avait encore les Allemands sous notre nez qui risquaient de… on ne savait pas quoi.
Alors papa a dit « qu’est-ce qui se passe mais qu’est-ce qui se passe ?? ».
Il est allé ouvrir la porte et il a entendu « light light light ! ».
Il a vite refermé la porte, il était blanc comme un linge : les Américains…
Les Américains arrivaient dans le village et les Allemands avaient tous fui !
Un quart d’heure après que l’ensemble soit parti, il y en a eu 2-3 qui sillonnaient le village en appelant « Hans, Frans ! » et ni le Hans ni le Frans ne paraissaient.
On les a retrouvés cachés dans les champs aux alentours le lendemain, ils avaient essayé de s’enfuir.
Les Américains sont donc entrés dans le village mais personne n’avait de lumière alors ils se sont souvenus que nous on en avait et ils sont venus chez nous pour voir ce qu’il se passait, étudier avec le maire du village la situation.
Eux, ils étaient cantonnés 10-15 km avant sur le haut de la colline d’à côté et ils voulaient savoir comment s’organiser, comment pouvoir vérifier en faisant le moins de dégâts possibles et comme personne d’autre que papa ne parlait anglais, il est resté là à servir d’interprète je ne sais pas jusqu’à quelle heure.
Nous on est parti nous coucher, on a dormi paisiblement comme des enfants de notre âge.
Et voilà, la libération pour moi, ça a été ça…
Le lendemain, on est allé visiter comme beaucoup de monde, presque tout le village, le campement des Américains installé dans deux grands prés qui appartenaient au maire du village qui les avait mis à leur disposition.
On se promenait un peu pour voir, c’était un spectacle gratuit, inattendu.
Et alors, personnellement je ne l’ai pas vu, mais on me l’a raconté tant de fois après !
Dans un coin du pré à l’écart des campements, il y avait une civière avec un jeune soldat tué et les femmes du village ont apporté des fleurs et sont venues prier autour.
Et le chef de ce groupement a dit à papa « mais qu’est-ce qu’elles font, qu’est-ce qu’il leur prend? ».
Alors papa leur dit « ce garçon est venu, il a donné sa vie pour nous, elles veulent le remercier… »
Il a eu l’air de ne pas comprendre vraiment…
C’était déroutant parce que c’est vrai qu’ils arrivaient un peu comme ça, comme des éléphants dans un magasin de porcelaine.
Bon ils traçaient leur chemin mais ne comprenaient pas vraiment la mentalité des gens, ce qu’ils arrivaient à faire et donc ça a fait un drôle d’effet.
A suivre… L’après guerre et le départ au Cameroun

