Guerre et chantiers de jeunesse
Je suis né à Bellac en Haute-Vienne. C'est la patrie de Giraudoux, il est même né dans mon jardin si je puis dire, car sa maison fait une enclave dans mon jardin. Et j'ai donc passé mon enfance jusqu'à dix ans à Bellac. J'ai fait l'école primaire, et j'ai ensuite été pensionnaire à Limoges, dans une école libre. Je dois souligner à ce sujet que je n'ai jamais vu un de mes professeurs faire grève. On ne savait pas ce que c'était que la grève. Je trouve que c'est un peu trop fréquent maintenant. J'ai donc fait mes études secondaires à Limoges et j'y ai commencé la médecine. Ensuite, je suis parti pour Paris finir ma médecine. J'ai une chance inouïe parce qu'au début de mes études de médecine j'avais passé ce qu'on appelait l'externat, ça n'existe plus maintenant, l'externat précédait l'internat. J'ai été externe et comme j'avais été reçu parmi les meilleurs, j'ai pu faire fonction d'interne en fin de première année, ce qui est extrêmement rare, ça n'existe pas pour ainsi dire ; j'ai donc fait de la médecine en deuxième année. Mais j'ai interrompu mes études pour aller aux chantiers de jeunesse, qui pendant l'occupation allemande remplaçaient le service militaire. J'ai donc été aux chantiers de jeunesse dans une forêt remarquable qui s'appelle la forêt de Tronçais. Elle est au centre de la France et c'est là qu'il y avait le fameux arbre, le chêne du maréchal Pétain. Ces imbéciles de gens de la résistance – une certaine résistance – se sont crus obligés de couper cet arbre superbe. Ça n'avait aucun sens de couper cet arbre. J'ai vécu dans ce chantier de jeunesse pendant huit mois environ et j'ai fait ce qu'on appelle une école de cadre, pour avoir un grade dans le chantier. On était pas sous-lieutenant, lieutenant, etc, on était chef d'atelier ou chef d'équipe. J'ai été chef d'atelier. La vie dans les chantiers de jeunesse était très spéciale. On se levait très tôt le matin, on se mettait torse nu, on faisait ce qu'on appelait du dérouillage, un peu de gymnastique, on se douchait à l'eau froide et on vivait dans des espèces de baraquements plus ou moins confortables. Pour dire à quel point c'était peu confortable, quand il pleuvait il y avait de l'eau qui dégoulinait du toit, ce n'était pas très imperméable. Mais enfin, c'est une très bonne expérience et nous étions avec des chefs qui étaient pour la plupart d'anciens scouts, qui avaient donc une formation assez spéciale mais ils étaient très agréables. Mon chantier de jeunesse s'appelait le chantier du maréchal Pétain et celui qui dirigeait en haut lieu les chantiers de jeunesse était le général De La Porte Duteil. Dans mon chantier de jeunesse, c'était le colonel Furious. Notre but était de faire du charbon de bois parce que comme il y avait très peu d'essence, beaucoup de voitures roulaient au charbon de bois. Je ne peux pas dire que j'en ai fait beaucoup parce que j'étais cadre et donc je surveillais.


