Faits de guerre 1943 – 1945
Mémoire recueillie à Strasbourg
En 1943, j’appartenais à la troisième batterie de commandement : « Artillerie Régiment 222». Après la campagne de Norvège, le régiment dut prendre position dans les Balkans à Budva et Bar comme garde côtier dans le Monténégro en Yougoslavie.
A cette époque, la Wehrmacht dut combattre les Serbo-croates partisans terroristes, farouches combattants au corps à corps et gouvernés par leur chef communiste : Tito. Une guerre atroce: villages brûlés, des milliers de victimes. Les haines d’aujourd’hui datent de cette période. Les Serbes traitaient les croates d’Oustachis et les Croates qui collaboraient avec les Allemands appelaient les Serbes des Tchetniks (francs-tireurs ou snipers). Ces haines se sont apaisées pendant 40 ans.
Après la mort de Tito, les jeunes découvrent les oppositions qui ont marqué le temps de leurs pères, d’où cette haine fratricide d’aujourd’hui.
Ces faits de guerre de 1943-44 m’emmènent comme artilleur à Sarajevo. Après avoir subis d’atroces combats sur le chemin du repli de l’armée allemande à travers Novi-Pazar, Kraljevo-Korazde jusqu’à Sarajevo même, où par un dur combat de nuit j’ai été blessé par une balle qui m’a traversé l’épaule gauche. Tout seul, sans plus aucun lien avec mon unité, je me suis débarrassé de mon matériel de transmission pour finir par être transféré le 7 Avril 1945 dans un hôpital de campagne. Une fois mon bras gauche immobilisé, j’ai eu les premiers soins en compagnie d’autres blessés plus gravement atteints (jambe ou bras arrachés par des éclats d’obus), je fus transféré dans un hôpital à Klagenfurt (Autriche).
Naturellement, j’essayais de temporiser mon séjour dans cet hôpital en donnant des coups de main aux infirmières qui soignaient les amputés car je voyais venir le jour de la défaite totale des allemands.
Le jour de l’Armistice, j’avais à nouveau un ordre de marche en poche pour être affecté à un nouveau corps d’armée.
Les hostilités terminées, le hasard voulut que je puisse traverser l’Italie en ruine du Nord au Sud en tant que prisonnier de guerre chez les anglais. A Naples, une commission de dépistage nous interrogea sur notre passé militaire [ndlr : afin de vérifier qu’il ne s’agisse pas de nazi]. J’ai ensuite été remis aux autorités françaises début Septembre 1945 et acheminé par la voie des airs à Marseille. J’ai ensuite été rapatrié à mon domicile après avoir été entendu par un officier du cinquième bureau à Chalon sur Saône qui m’autorisa à rentrer dans mes foyers en date du 6 Septembre 1945.
Prenez ce récit comme témoignage, fil de ma vie pendant lequel j’ai perdu les plus belles années de ma jeunesse.


