Être jeune pendant la guerre

Un témoignage de Pierre Maeckereel,
né(e) le 5 juillet 1923
Mémoire recueillie à

Ma mère, elle aidait beaucoup son père qui était maraîcher fleuriste. Elle s'y connaissait bien. On n’avait pas le droit d'aller à la plantation de fleurs quand on été petits. Alors, on s'en allait sur les arbres et on faisait du bruit. Et il y avait des choses qu'on n’avait pas le droit de faire, comme de prendre les poires. Il y avait des emplacements exprès pour des plantes, et des emplacements exprès pour d'autres plantes. On ne pouvait pas aller là où il y avait des fleurs. Ils voyaient les traces des pieds, de petites traces alors ils râlaient et on se faisait attraper par les oreilles !

Pendant l’occupation, les Allemands cherchaient toujours ceux qui collaboraient avec les anglais durant la résistance et ceux qui étaient lâches... Il y avait un centre de résistance à Rosendaël. Et ils ont ramassé des copains à moi! Douze ont été en prison, et puis ils ont fusillé six des copains... Le réseau Alliance, c'était un réseau qui protégeait les gens qui allaient en Angleterre. Il y avait beaucoup de résistants à l’époque.
Durant la guerre, on a été évacué avec mes parents. Ils étaient obligés de partir parce que les allemands voulaient raser la ville de Rosendaël pour mieux embarquer et aller en Angleterre. Alors, ils ont bombardé à tout casser. On avait entendu le signal d'alerte, alors vite, on est allé dans la cave de la brasserie pour être épargnés des éclats. Ça a duré vingt minutes, le temps qu'ils nous bombardent... Et quand on est sorti, la maison était par terre. On aurait pu être tué. Donc, on recherchait ce qui était récupérable, mais les avions allemands, ils nous voyaient et ils tiraient. Après, il y avait d'autres avions allemands qui venaient avec des bombes à jeter. C'est comme ça que tous mes diplômes sont partis au feu.
Ma femme, elle avait peur, elle tremblait. Mon père, il disait : « Il ne faut pas avoir peur, ! Oh non, moi j'ai fait la guerre 14-18, on n’est pas tous mort et ceux qui sont morts, ils sont tranquilles ! Non, non, non, tu ne dois pas t'en faire, tu ne dois pas t'en faire. Allez, ça va aller... ».

J'ai été soldat un an. C'était mon temps, j'avais 21 ans. J’ai fait un service militaire pendant 15 mois. Là-bas, c'était pour apprendre à faire aller la mitrailleuse. On tirait à blanc sur des poteaux, sur des palissades. Il y avait des soldats qui étaient peints, des allemands... Il y en a qui tiraient au dessus, il y en a qui tiraient à côté...

La vie était dure avant. Il y avait des tickets, des tickets de pain, des tickets différents. Pendant l'occupation, les allemands prenaient le meilleur et ils nous laissaient le reste. On était rationné, avec des tickets. Tu avais cent grammes de viande pour la semaine, pas plus.
Avec des amis, on faisait des soirées théâtrales et tous les autres venaient pour rigoler. Comme c'était pendant la guerre, c'était toujours triste et là avec moi, ils rigolaient...

Pour les moyens de transport, il y avait les chevaux, et puis il y avait surtout le train! C'était pour aller à Lille, toujours Lille avec toute la paperasse. Quand il y avait un problème à la mairie ou bien à la poste, c'était à Lille qu'il fallait aller. Le train était relativement cher : 80 francs pour l'aller-retour. Il n’y avait que les gens riches qui avaient des autos. Après la guerre, les gens ont acheté des voitures. On ne pouvait pas se déplacer beaucoup avant. On restait là où on était... Il y avait les écoles pour les enfants, pour ceux qui poursuivaient leurs études, mais au bac il n’y en avait pas beaucoup car c'était cher...



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