En une vie tout change !
« Ma petite enfance », je suis enfant de parents divorcés. J'ai été élevée par ma grand-mère à qui je ressemblais comme si elle m'avait pondue. Elle m'a accompagnée durant tout mon parcours primaire. Et puis elle m'a mise en pension pour que je fasse des études. A 13 ans je suis rentrée à l'école supérieure où je suis restée jusqu'à 16 ans ; jusqu'à mon brevet élémentaire, ce n'était pas le brevet d'aujourd'hui, il correspondait au BAC. Il y avait deux enseignements : le primaire supérieur et le secondaire. Aujourd'hui c'est tout secondaire, on ne parle plus de primaire supérieur ; le secondaire destinait à faire médecine ; le primaire supérieur c'était pour être instituteur. C'était dans le Berry à Saint-Amant-Mourons. J'ai passé mon brevet à Bourges. Après mon brevet, à 16-17 ans je suis rentrée à la Poste pour faire des remplacements pendant mes vacances où j'ai appris la transmission des télégrammes et j'y suis restée. Alors d'abord il fallait passer devant le juge de paix, en disant que nous ne dirions jamais rien de ce qui nous passait dans les doigts car il pouvait y avoir un monsieur qui envoyait un télégramme à sa « poule » et un à sa femme après. « Vous savez il fallait rien diffuser ». On enregistrait tout, on voyait tout et on ne disait jamais rien. Et y avait que ça qu'on écoutait. « Vous savez on était curieuse ». Enfin, ça a été une belle vie. Je gagnais bien ma vie, autant que le nouveau mari de ma mère, qui c'était remarié. J'arrangeais bien le ménage. Du coup ils m'ont fait un beau mariage. J'ai 89 ans, et c'est à la Poste que j'ai rencontré mon mari. Il revenait de son service militaire et pour échapper à sa mère, qui était infirmière des hôpitaux de Paris, nous nous sommes mariés. J'avais 18 ans, j'étais toute jeunette ! J'ai été très heureuse, j'ai eu un mari adorable que j'ai perdu il n'y a que six ans. Il était receveur des postes et je travaillais avec lui. J'ai eu une longue vie, 64 ans de vie adorable. On a été dans des petits bureaux, on débutait à Sarrance, à ce moment là c'était un bureau de facteur receveur. Il faisait la tournée pendant que moi je gardais la Poste, ça n'existe plus ces choses là ! A Sarrance, il n'y a plus ni Poste ni rien, vous savez ! C'est mort ! Quand on repense à tous ces villages, qui nous ont vus quand nous étions jeunes, où il y avait de la vie. Et aujourd'hui quand j'y passe, parce que mon fils aîné est né a Sarrance, ce n'est plus du tout pareil. A la Poste, comme le téléphone n'était pas automatique il fallait brancher les gens. C'est une époque historique ! Aujourd'hui tout le monde a le téléphone automatique tandis que là, il fallait brancher. On demandait tel numéro, on le branchait et quand on entendait que c'était terminé, on débranchait. Vous ne pouvez même pas imaginer ce que c'était. Mon mari faisait la tournée au village, il portait le courrier et pendant ce temps je le remplaçais, puis après il est monté en grade, il est passé de facteur receveur à receveur et là il ne faisait plus de tournée. C'était les facteurs qui faisaient la tournée, il y en avait plusieurs. D'années en années, on montait en grade pour aller dans des bureaux de plus en plus importants. Maintenant, c'est une voiture qui vient, il n'y a plus tout ces services, les gens doivent aller à Bedous. Tandis qu'il y avait de la vie à cette époque, les campagnes vivaient. De nos jours, les campagnes se meurent. Après Sarrance, on a déménagé pour aller dans des bureaux plus importants, on suivait le travail, on a terminé dans les Deux-Sèvres. On habitait toujours dans les bureaux de poste où on était logé. Les bureaux étaient au rez-de-chaussée et notre logement au premier. Quand je ne travaillais pas et que je m'ennuyais, je descendais et je tricotais dans un coin du bureau. Les bureaux de postes où nous logions étaient parfois dégoutants. Alors là, vous m'entendiez parce qu'avec moi il fallait que ce soit propre ! Je rouspétais, je ronchonnais, je contactais les Maires et je leur disais il faut nettoyer ça, passer un coup de peinture ! J'avais une cireuse électrique, « mon vieux », les parquets cirés, les facteurs marchaient sur des patins, sinon ça bardait ! J'étais mauvaise « vous savez », j'aime la propreté. Je disais : vous voulez qu'on vous porte de l'argent dans un bureau dégueulasse ! Mais malgré tout il y avait une très bonne ambiance. A Arudy, un monsieur qui venait pour nous remplacer m'a dit « madame, j'ai déjà vu des bureaux de poste neufs, mais jamais aussi propre que le votre. » C'était le plus beau compliment qu'on m'ait fait, ça m'a été droit au cœur. Je ne comprends pas qu'on vive dans la saleté. Tout le monde s'entendait bien, le receveur des postes avec l'instituteur… J'aimais beaucoup les enfants, quand ils descendaient de la montagne si la pluie les prenait vite, je leur mettais le capuchon de mes enfants. S'il y en avait un qui avait eu une contrariété, et qui avait fait dans sa culotte, je lui mettais une des miens. Car j'ai eu deux fils. J'aimais beaucoup cette vie, j'aimais la vie avec les gens. L'automatisme détruit la vie des personnes. Aujourd'hui il y a beaucoup d'indifférence. Nous on partageait la vie des gens. Il y avait des instituteurs en bas et deux instituteurs en montagne. C'est fini les classes de montagne, les instituteurs sont plus automatisés aussi.
En une vie tout change!
J'ai travaillé jusqu'à la retraite de mon mari, il avait 50 ans, moi 6 ans de moins. J'avais une maison dans le Tarn-et-Garonne, une maison familiale où mes enfants vont encore en vacances. Nous, nous y avions pris notre retraite. J'ai connu les premières voitures, plus tard nous en avons acheté une. Jusque là nous faisions beaucoup de vélo pour nous balader : Toulouse-Montauban, 60 kilomètres, avec mon mari on était sportif. Moi je n'ai pas passé le permis de conduire. J'ai été très heureuse avec mon mari, je l'ai adoré ! Il me disait « la femme fidèle qui m'a été donné et qui a partagé dans l'amour mes joies et mes peines je lui dis que je l'aime comme au premier jour. »

