En un quart d’heure j’ai su ce que je voulais faire

Un témoignage de ,
Mémoire recueillie à

-Vous ne savez pas ce que vous voulez faire. Ecoutez moi, je ne savais pas encore à 14 ans et demi ce que je voulais faire .Je faisais un petit boulot moi aussi, je portais du courrier, et je vais vous expliquer comment j’ai trouvé mon métier tout de suite. Je prenais le train et l’employé de chemin de fer monte avec moi dans le wagon, alors on se met à parler. En un quart d’heure j’ai su ce que je voulais faire.
-En un quart d’heure !! C’était rapide !
-Ça a fait « tic » dans la tête. C’était à Châteaubriant ça. Je portais le courrier chez les hommes d’affaires, alors quand je passais devant un garage, je m’arrêtais tout le temps pour le regarder. Bah oui parce que ça avait fait « tic ». Comme je n’étais pas libre d’apprendre le métier, quand j’ai été libéré, j’ai cherché du côté de Blain un garagiste qui cherchait un apprenti. Je me suis décidé en un quart d’heure, je serais mécanicien! » C’était comme ça, ce n’était pas comme aujourd’hui. En cherchant du coté de Blain j’ai vu un garagiste y’avais une pancarte «cherche un apprenti Je suis donc rentré à Blain comme apprenti, et puis j’ai travaillé dans un garage jusqu'à mon service militaire. Ecoutez si vous voulez réussir je vais vous donner mon avis, parce que j’ai 95 ans bientôt, alors j’ai donc une grande expérience de la vie. C’est par le travail que l’on y arrive, la volonté à travailler sinon vous n’y arriverez pas. Et aujourd’hui c’est difficile parce que nous sommes dans une crise monétaire et alors disons qu’en ce moment le travail dans tous les domaines est au ralenti, justement c’est là que c’est difficile… Mon fils a fait des études et quand il était encore étudiant, il y a eu 68, et le bac de 68 les patrons… à la poubelle ils ne voulaient pas en entendre parler, parce que le bac de 68 il n’existait pas. Cette année n’a pas réglé les problèmes ça n’avait rien fait. Je vous donne ce conseil, c’est de la blague de faire ces choses là. Si vous voulez réussir c’est quand on est jeune. Faut se mettre du plomb dans la tête. J’ai fait mon service militaire en 1935, c’est là qu’il y avait les congés payés et moi j’étais à l’armée…Pendant la guerre j’étais dans le service automobile, je savais réparer aussi des vélos et même des cafetières ; maintenant on les change.
-Ça Mr Lanoé la moralité, il la connait bien !
-Aujourd’hui c’est comme ça, vous êtes libre de ne pas m’écouter, de pas relire ce que je vous dis ; mais ce que je vous dis vous servira si vous le faites ; vous êtes bachelier vous, tandis que vous faut compter sur votre volonté et votre courage… Moi je suis plus dans le coup maintenant, le travail ne m’intéresse plus, surtout écoutez bien ce que je vais vous dire, les grèves ça manque pas à Nantes, n’allez pas vous fourrer dedans ! Vous êtes repérés, vous perdez confiance en vous et puis vous êtes là à vouloir embêter les patrons… Vous savez le syndicaliste je le connais et il m’a fait beaucoup plus de mal que de bien. C’est de la moralité que je vous fais là et il faut en tenir compte, tout ceux qui brulent les voitures, tous ces gars là, ils trouveront jamais rien ! Une grève on peut y aller mais calme, et puis de toute façon toutes les grèves en ce moment ne servent à rien parce que la France est ruinée, nous avons 150 milliards de déficit, et ces 150 milliards la Banque de France nous les réclamera et ce sera vous qui payerez, ce ne sera pas moi parce que moi je serai au cimetière, vous avez compris ! Alors réfléchissez bien à ce que je vous dis, écoutez bien mes conseils c’est de la moral, parce que il y a trop de jeunes qui manque de moralité, et on arrive toujours par la volonté. Il y a de tout dans la vie mais n’allez pas vous fourrer dans les grèves, parce que je les connais les grèves, c’est les grèves qui ont ruiné la France. Les cheminots, moi j’ai été cheminot je n’ai pas honte de le dire, ils ont leur salaire assuré, ils ont les permis pour se promener, ils ont tout… et ils sont jamais satisfaits. La France c’est le pays de la grève. La vie c’est très difficile, on ne peut pas vraiment la définir, il y a tellement de variantes. Mais il faut chercher du boulot, et si un jour t’en trouve un qui te plait tu sautes dessus. J’étais en Allemagne quand on faisait 60 heures de jour/60 heures de nuit, on dormait 4 heures par jour, j’y étais 2 ans et demi je suis revenu avec un ulcère à l’estomac, ils on préféré me renvoyer pour me faire soigner en France que de me soigner eux !
-Vous étiez en Service de Travail Obligatoire ?
-Oui, on était contraint de partir…
-Vous n’avez pas eu envie de vous sauver ?
-Il y en a qui ont essayé de se sauver et bien ils ont tous été repris, ils ont eu 1 mois de concentration… vous ne pouvez pas comprendre ce que c’est que l’Allemagne. Pour l’Allemagne vous n’êtes ni plus ni moins un objet, comme la table, un homme ne compte pas, un homme une femme c’est zéro c’est comme sa. C’était la dictature, vous ne l’avez pas connue vous. Moi je l’ai connue, l’homme n’est plus rien, il à la ligne qu’on lui donne et puis c’est tout. Moi quand j’étais en Allemagne on m’a donné du travail à une machine. Moi je n’étais pas comme certains quand il fallait faire 80 pièces, j’en faisais 81 pour faire voir que je montrais de la bonne volonté mais j’aurais pu en faire 85, parce que j’aurai été payé en conséquence, mais comme on travaillait pour la guerre… ce n’était pas la peine d’en faire de trop. Il y en a pour gagner de l’argent il y allait. Moi je n’ai jamais cherché à faire l’imbécile, j’ai été correct et ils ont tous été corrects avec moi-même. Le contrôleur, quand il a appris que je rentrais en France il m’a donné des tickets et il m’a dit : « On ne va pas vous reprendre. » c’est que celui-là ce n’était pas un ami. Il y avait du monde, des prisonniers aussi mais du moment qu’on faisait son travail. Il y avait des gars qui ne faisaient pas leur boulot comme il faut, et bien ils se faisaient secouer par les Allemands, et j’en ai vu se faire secouer ! Je suis revenu en France en janvier 1944 et je faisais toujours parti de mon entreprise, et on était payé en Allemagne comme en France. Pour bien comprendre la dictature il faut la vivre. A les choux rouges je m’en souviens et oui on mangeait énormément de choux. Enfin je vous donne des conseils comme si vous étiez mes enfants.


Merci Mr Lanoé !

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