Emprisonnée sous Hitler
Je suis née en 1919 à Innsbruck, ville du Tyrol Autrichien. A l’époque, l’Autriche souffre de gros problèmes de chômage. Toute l’attention se porte alors sur un homme qui promet du travail : Adolf Hitler. Selon mon père, farouche opposant à ce dernier, ce travail sera souillé de sang. Ce n’était pas l’avis de mon beau frère qui croyait à ces promesses. D’ailleurs, c’est lui qui dissuada plus tard mon père de cacher des juifs. Il changea bien vite d’opinion lorsque plus tard, il se rendit compte du bilan macabre de l’Allemagne nazie. Il arrivera même à se mutiler les jambes pour échapper à l’armée, mutilation qui lui a surement coûté la vie plus tard.
J’écoutais souvent Radio Strasbourg qui avait le mérite de ne pas être sous l’influence nazie, jusqu’à ce que les Allemands l’interdisent.
A 17 ans, sans forcément avoir l’idée de l’impact de tels propos, je m’exclamai devant un commerçant « Hitler est un gros cochon!». Ce dernier m’a dénoncé et je fus condamnée à 5 ans de prison par un tribunal à huis clos. J’étais considérée comme une ennemie du peuple, mon nom figurait sur le journal.
Je purgeai ma peine dans une prison de femmes en Bavière où je ne fus jamais torturée. On était 1000, j’y suis restée au final 4 ans.
Pendant 8 mois, je fus placée seule dans une cellule avant que la gardienne décide de me transférer dans une autre cellule où j’eus pour camarade d’infortune une viennoise communiste condamnée à 4 ans de prison mais je ne sais plus pourquoi. Son mari n’était autre qu’Eisner, un docteur juif opposé à la première guerre mondiale.
Les prisons en Allemagne étaient très propres mais nous manquions de nourriture et nous étions autorisées de prendre une douche seulement tous les 15 jours. Dans la prison, il y avait 4 juives traitées de la même façon que les autres. D’ailleurs, à l’époque, on n’était pas au courant du massacre perpétré dans notre dos.
Un jour, pendant une promenade, je discutai dans la cour. Je fus dénoncée par la gardienne et on m’enferma 8 jours dans une cave à dormir sur une planche en bois et à manger du pain sec.
Une fois par mois, un prêtre venait nous rendre visite et nous pouvions nous confesser. Quand je lui ai raconté mon histoire, le prêtre ne comprenait pas pourquoi les nazis m’avaient condamné à la prison mais lui, ne pouvait rien faire pour revenir sur la décision du tribunal.
Toutes les semaines, je chantais à la chorale de l’Eglise et une institutrice nazie nous fournissait des informations sur l’avancement de la guerre. Quand j’ai su que l’Allemagne était entrée en France, ma déception s’est vue sur mon visage. A partir de ce moment là, je fus interdite de chorale.
Pendant deux ans, je fus envoyée dans une usine de fabrication de munitions vers Dresde.
A mon retour de prison, ma ville était peuplée de français, déportés du Service de travail obligatoire (STO). Parmi eux se trouvait mon futur mari, un stéphanois. A cette période, la nourriture était rationnée. Tous deux, nous arrivions à récupérer des tickets supplémentaires pour le lait et la viande car nous avions de la famille qui travaillait dans une boucherie. Pour moi, les plus malheureux étaient ceux qui travaillaient à l’usine.
En 1946, je m’installai en France et me mariait l’année suivante.


